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critiques de mars 2008

Dimanche 30 mars 2008 7 30 /03 /Mars /2008 18:51

Film mexicain de Rodrigo Pla

Titre original : La Zona

Interprètes :
Daniel Gimenez Cacho (Daniel), Maribel Verdu (Mariana), Carlos Bardem (Gerardo), Daniel Tovar (Alejandro)

 

Durée :
 1 h 38

Note :  7/10

En deux mots : Premier film franchement réussi d'un nouveau représentant d'un cinéma mexicain inventif, sur un huis clos original et angoissant.

Le réalisateur : Né en 1968 à Montevideo en Uruguay, Rodrigo Pla a étudié l'écriture et la mise en scène au Centro de Capacitacion Cinematografico de Mexico. Il a réalisé deux courts métrages, "Nova Mia" en 1995, et "El Oro en la Nuca" en 2001 avec Gabriel Garcia Bernal. "La Zona" est son premier long métrage.

Le sujet : Profitant d'une tempête, trois cambrioleurs réussissent  à pénétrer dans une cité résidentielle aisée de Mexico. Surpris par la propriétaire de la maison dans laquelle ils étaient entrés, ils la tuent avant que deux d'entre eux soient abattus par la milice formée par les habitants de la résidence. Au cours de cet échange de coup de feu, un garde est tué par un habitant. Quant à Miguel, le troisième cambrioleur, il se terre dans l'enceinte de la résidence.

Les habitants décident alors de me pas informer la police, d'évacuer les corps des cambrioleurs et du garde, et de partir à la recherche de Miguel. D'abord excité par cette traque, Alejandro, dont le père est un des dirigeants de la communauté, va progressivement  changer d'avis...

La critique : Une BMW roule doucement dans une décor de maisons luxueuses à l'alignement et la propreté dignes du "Truman Show", croisant une femme qui fait son jogging, des écoliers en uniforme qui traversent la rue, et un papillon que l'on suit jusqu'à un grillage électrifié sur lequel il se carbonise, alors qu'en franchissant le mur, la camera dévoile la favela qui encercle la résidence.

D'emblée, cette scène d'ouverture expose le rôle central de ce mur, et des oppositions qu'il symbolise : celle entre la richesse indécente et la pauvreté environnante, celle entre la légalité de l'extérieur et la loi de la résidence, celle entre la corruption généralisée des adultes et la solidarité des jeunes.

On sait que ce genre de cité s'est développé depuis quelques années aux Etats-Unis, au Brésil, dans le sud de la France et apparemment au Mexique. En créant un espace clos, protégé et surveillé en permanence, les promoteurs de ces Sun Cities ont voulu répondre à un besoin de sécurité pour une population riche qui ne se sentait plus défendue dans le monde extérieur.

Ghettos inversés, ces communautés ont développé un mode de gestion démocratique inspiré de la copropriété, le coût de l'accès à ces résidences garantissant l'appartenance à un même monde. Toute proportion gardée, cela relève de la même contradiction que l'idéologie des kibboutz : l'autogestion et la démocratie s'arrêtent une fois franchies les limites ; pire, cette solidarité ne trouve son sens que contre ceux qui ses trouvent de l'autre côté des barbelés.

Dans la Zona, il y a bien quelques gens de l'extérieur : employés de maison ou gardes. Mais en cas de crise, on reprend les badges des premiers et on maquille en suicide la mort des autres victimes d'un friendly fire. Individuellement, la plupart des résidents de cette communauté sont plutôt sympathiques : le vieux monsieur est rongé de remords d'avoir accidentellement abattu le garde, Daniel est un père attentionné, et les adolescents, et bien... ce sont des ados comme tous les autres. Mais collectivement, la loi de la meute et la peur de la racaille les transforment, que ce soit dans la version policée de la réunion des délégués, où les minoritaires subissent des pressions, ou dans la version brute, celle de la chasse au pauvre et du lynchage.

Remarquez, dehors, ce n'est pas forcément mieux, et le seul policier qui refuse la corruption (Là-bas, ça se dit : "Vous souhaitez investir dans notre institution ?") s'avère finalement être une brute qui passe ses nerfs et refoule sa frustration en tabassant les plus faibles.

Malgré quelques insistances un peu superflues (les remords de Daniel, par exemple), le scénario de Rodrigo Pla tisse habilement la montée de la tension et des antagonismes au sein de la communauté, et l'on pense souvent à certains westerns ou à Peckinpah. La réalisation est nerveuse, alternant des plans fixes de facture classqiue, des scènes filmées à la caméra portée comme dans un documentaire, et des images provenant des caméras de surveillance de ce Big Brother locatif, un peu comme dans "Redacted".

Après Alejandro González Iñárritu, Guillermo Del Toro, Alfonso Cuarón et Carlos Reygadas, le cinéma mexicain révèle un nouveau réalisateur à suivre et montre une nouvelle fois sa capacité à adapter les genres narratifs de l'époque à la réalité si particulière de ce pays.

Cluny
Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Lundi 24 mars 2008 1 24 /03 /Mars /2008 17:35

Film américain de Wes Anderson

Titre original : The Darjeeling Limited

Interprètes :
Adrian Brody (Peter), Owen Wilson (Francis), Jason Schwartzman (Jack)

Darjeeling.jpg

Durée : 1 h 47

Note :  7/10

En deux motsRail movie en Inde et voyage spirituel pour trois frères qui essaient de recoller les morceaux après la mort de leur père ; déjanté et drôlatique, du pur Wes Anderson.

Le réalisateur : Né en 1969 à Houston, Wes Anderson a étudié la philosophie, avant de réaliser son premier court métrage en 1996, "Bottle Rocket", qu'il tourne ensuite en long métrage avec les frères Wilson. Il retrouve Owen et Luke  Wilson en 1998 pour "Rushmore", suivi en 2002 de "La Famille Tenenbaum" et en 2004 de "La Vie aquatique".

Le sujet : Sur l'initiative de l'aîné, Francis, les trois frères Whitman se retrouvent en Inde pour un voyage dans un train, le Darjeeling Limited. Ils ne se sont pas vus depuis un an et la mort de leur père, et tous trois arrivent en état de fragilité : Peter attend la naissance de son premier enfant, Jack se remet difficilement d'une rupture, et Francis porte encore les marques d'un accident de moto. Francis a demandé à un de ses employés présent lui aussi dans le train de leur concocter un programme de quête spirituelle ; mais  les antagonismes larvés et les non-dits resurgissent et rien ne va se passer comme prévu.

La critique : Un homme dont on ne voit que les pieds nus étendus sur le lit d'un palace parisien regarde un documentaire à la télévision, où l'on voit les pieds nus de cadavres dépasser d'une couverture jetée pudiquement sur eux. Puis une femme téléphone à cet homme, lui annonce son arrivée dans une demi-heure. Il s'empresse de ranger le désordre de sa chambre, tout en gardant sa nonchalance. Elle arrive (surprise ! C'est Natalie Portman), elle se dénude, elle porte des bleus sur tout le corps -on ne saura jamais pourquoi -, ils s'embrassent. Puis elle revêt la robe de chambre jaune de l'homme, tous deux vont sur le balcon admirer Paris... et apparaît de générique d'"Hôtel Chevalier", un film de Wes Anderson avec Jason Schwartzman et Natalie Portman !

Ensuite, dans une scène hitchcockienne, on voit Bill Murray dans un taxi conduit par un chauffeur enturbanné slalomer entre les vaches sacrées, et se précipiter tel James Stewart à Marrakech, courir le long du quai après un train... et se faire dépasser par Adrian Brody qui seul réussira à monter dans le Darjeeling Limited. Ce début de "A bord du Darjeeling Limited" nous montre qu'on est bien dans un film de Wes Anderson ; déjà dans "La Vie aquatique", il nous avait déjà fait le coup du film dans le film, avec une scène qui se transformait en documentaire à la Jacques-Yves Cousteau, avec les mêmes caractères jaunes pour le générique. La pige de Bill Murray, celle à la fin du film d'Anjelica Huston, la présence des fidèles Owen Wilson (défiguré tel Nicholson dans "Chinatown") et Jason Schwartzman (cette fois aussi associé au scénario) : on retrouve là l'esprit de famille de Wes Anderson, famille élargie cette fois-ci à Adrian Brody et à Barbet Schroeder.

Autres traits propres au réalisateur de "La Famille Tenenbaum", le sens du détail absurde ou loufoque : le titre de la nouvelle écrite par Jack, "Luftwaffe automotive", le nom du parfum envoyé par son ex au même Jack, Voltaire n°6, la petite mort, les médicaments anti-toux indiens qui servent aux trois frères à se défoncer, ainsi que le rôle des répétitions cycliques : les règles énoncées par Francis (et par leur mère), le cérémonial à la montée du train, le départ du village dans le bus bondé...

Wes Anderson montre une nouvelle fois sa maîtrise de la mise en scène, notamment en jouant de l'exiguité du train où se déroule plus de la moitié de l'intrigue : panoramiques rapides pour aller d'un personnage à l'autre, traveling latéral filmé de l'extérieur du train, jeu sur les caches et recoins du compartiment. Dans une séquence onirique, il filme en traveling tous les personnages principaux dans les compartiments d'un wagon imaginaire, comme il avait filmé la vie de l'équipage du capitaine Zizzou dans une coupe du Belafonte.

Et puis cette fois-ci, même si on est encore en présence de personnages terriblement enfantins, il y a aussi une gravité et une mélancolie pour raconter cette histoire de trois frères qui n'arrivent pas à surmonter le deuil et qui posent la question formulée par Jack : serions-nous devenus amis si nous n'avions pas été frères ? Il y a au milieu du film une rupture de ton, avec un épisode dramatique. Adrian Brody raconte dans une interview que Wes Anderson lui a demandé de jouer cette scène complétement à l'opposé de ce qu'il aurait ait en temps normal -dans "Le Pianiste", par exemple -, c'est à dire de la jouer avec une forme d'absence, qui renforce l'impuissance de son personnage.

Le film s'étire un peu, comme ce voyage dans un pays où les trains se perdent ; les personnages sont souvent agaçants, de prime abord pas si sympathiques que ça, avec leurs 11 bagages hérités du père (et dessinés par un styliste de Vuitton) et leurs problèmes de riches dans une contrée si pauvre. Mais cela fait partie de leur humanité, et au-delà du burlesque et de l'absurde des épisodes qu'ils vivent, ils se débarassent progressivement de leurs mesquineries et finissent par devenir attachants. Signalons enfin la B.O. éclectique (de Satyajit Ray à Joe Dassin en passant par The Kinks et les Rolling Stones) qui s'insére naturellement dans le récit et qui participe de la création de cette ambiance si particulière, à l'opposé de l'utilisation pesamment redondante de la musique dans de nombreux films récents, le dernier en date étant "Il y a longtemps que je t'aime".

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 23 mars 2008 7 23 /03 /Mars /2008 18:13

Film français de Philippe Claudel

Interprètes :
Kristin Scott-Thomas (Juliette), Elsa Zylberstein (Léa), Serge Hazanavicius (Luc)

Claudel.jpg

Durée :
 1 h 55

Note :
  4/10

En deux mots
: Un beau sujet plombé par une volonté de plaire à tout prix, une réalisation pesante et un fin qui ruine tout le positif du film.

Le réalisateur :
Né en 1962 à Dombasle-sur-Meurthe, Philippe Claudel est agrégé de français et maître de conférences à l'Université de Nancy où il enseigne à l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel. En 1999, il publie son premier roman, "Meuse l'oubli". En 2003, "Les Ames grises", adapté au cinéma depuis par Yves Angelo, obtient le prix Renaudot.

Le sujet :
Juliette Fontaine sort de prison au bout de quinze ans, et trouve refuge à Nancy chez sa soeur cadette Léa qui n'était jamais venue la voir durant toutes ces années. Léa vit avec Luc, son mari qui désapprouve la présence d'une criminelle sous son toit, de ses deux petites filles adoptées et de son beau-père muet depuis une attaque cérébrale. Juliette est confrontée aux difficultés de la réinsertion, aux entraves pour trouver un travail et aux regards des autres. En même temps, elle redécouvre cette soeur qu'elle n'a jamais connue adulte, et elle réapprivoise les gestes les plus simples de la vie hors des murs.

La critique : Il est des signes qui ne trompent pas, comme la nature du clivage de la critique (Pour : Le Figaro, Figaroscope, Paris Match et Le Parisien ; contre : Le Monde, Libération, Télérama, Les Inrocks et les Cahiers du Cinéma), le label Découverte UGC (pour un film bizarrement produit par... UGC), ou la bande-annonce putassière de 5 minutes sur des spectateurs ruisselant de larmes, étranglés d'émotion et ne trouvant par leurs mots, juste deux trois hyperboles à la sortie d'une avant-première : mon détecteur à émotion calibrée s'était allumé, comme à la lecture de "L'Elégance du Hérisson" ou à la vision de "Odette Toulemonde".

Mais bon, le sujet semblait intéressant et peu souvent traité (ou alors uniquement dans les films policiers), et les quelques plans de Kristin Scott Thomas dans la bande-annonce me suggéraient de laisser sa chance à ce premier film de Philippe Claudel, qui a été onze ans professeur en prison. A la différence d'autres auteurs à succès passés derrière la caméra (Alexandre Jardin, Eric-Emmanuel Schmitt, et en atteldant Michel Houellebecq - pourquoi donner un budget à des écrivains pour réaliser un film, et pas pour écrire une symphonie ?), il a une certaine légitimité cinématographique de par son activité au sein de l'l'Institut Européen du Cinéma et de l'Audiovisuel.

La première moitié du film ne me confortait pas dans ma mansuétude : mise en scène limitée à des plans fixes sur le regard fixe lui aussi de Kristin Scott Thomas souligné par quelques accords de Jean-Louis Aubert, au traditionnel traveling latéral sur les deux soeurs assises sur un banc, et à un gros plan sur la bouche du policier philosophe et dépressif, sans oublier quelques faux raccords et une absence de naturel des figurants (dans une piscine, en arrière-plan, tout le monde nage la brasse au même rythme !) ; collection de répliques-Madame Michu du style "Je n'ai rien demandé à personne", "parfois, c'est mieux de ne rien savoir" ou "chacun a ses secrets" ; une lourdeur dans les références au passé carcéral de Juliette (la nièce s'indignant de voir des singes enfermés au zoo "La prison, c'est pour les gens méchants", ou le soupirant prof de fac parlant d'un personnage "emprisonné" dans son tableau) ; et surtout, des scènes à la démonstrativité si pesante qu'elles en deviennent insupportables, comme le patron prêt à engager Juliette et la chassant en apprenant la raison de son emprisonnement, ou le repas à la "Vincent, François, Paul et les autres" revu à la mode Hollywood Chewing-gum où le relou de service essaie de deviner le passé de Juliette, ou encore la visite à la mère atteinte d'Alzheimer.


Puis dans la deuxième moitié, quelques scènes sonnent plus juste, portées par le jeu convaincant de Kristin Scott Thomas, de belles répliques fusent (comme le prof de fac, ex-enseignant en prison comme Claudel, qui dit "J'allais trois fois par semaine en prison - et je sortais trois fois par semaine de prison"), et quelques plans approchent l'idée de cinéma, comme celui en contre-plongée au musée où Michel et Juliette regardent quelque chose qui reste hors cadre. Un plan résume ces velléités et ce qui les gâche : Léa reçoit un coup de téléphone d'un médecin qui lui apprend quelque chose de fondamental, on n'entend rien de leur conversation, juste la voix de sa fille qui lit un conte à haute voix : le décalage fonctionne, l'émotion est là... et patatras, v'là l'Aubert de service, pour bien faire comprendre aux lecteurs du Figaro que c'est là qu'il faut être émus !

Et puis surtout, il y a la révélation de la fin ; difficile de rentrer dans les détails sans tomber dans le spoiler, mais disons juste qu'elle invalide totalement toute la force du regard qu'on portait sur la situation : si Kristin Scott Thomas n'est pas ce qu'on nous laissait croire, que reste-t-il de la nécessaire compassion vsi-à-vis de tous ceux qui ont payé leur dette à la société ? Narrativement inutile, moralement douteux, ce coup de théâtre achève de faire basculer "Il y a longtemps que je t'aime" du côté de ces produits formatés pour plaire -et ça plaira !- à n'importe quel prix. Hélas, mon détecteur ne s'était pas trompé...


Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Samedi 15 mars 2008 6 15 /03 /Mars /2008 16:06

Film français de Philippe Faucon

Interprètes :
Sabrina Ben Abdallah (Sélima), Ariane Jacquot (Esther), Zohra Mouffok (Falima)

DanslaVie.jpg

Durée :
 1 h 13

Note :
  7/10

En deux mots :
 Malgré une direction d'acteurs peu convaincante, Phlippe Faucon réussit à émouvoir dans cette histoire simple sur ce qui rapproche juifs et musulmans, au-delà de ce qui les divise.

Le réalisateur : Philippe Faucon est né à Oujda au Maroc en 1958. Il a fait des études à l’Université d’Aix-en-Provence, région où il vit encore et qui a servi de décor à plusieurs de ses films.
En 1993, dans «Sabine», il raconte l’histoire d’une mère séropositive. «Muriel fait le désespoir de ses parents» (1995) aborde l’homosexualité, «Samia» (2000) raconte la vie d’une jeune immigrée dans la banlieue marseillaise, et "La Trahison" parle du sort des soldats musulmans dans l'armée française durant la guerre d'Algérie.
 
Le sujet :
A Toulon, Esther, juive originaire d'Oran, a besoin d'une assistance à domicile. Quand elle renvoie une énième garde-malade pour incompatibilité d'humeur, Sélima, l'infirmière qui vient la soigner, lui propose sa mère, Halima. Celle-ci réussit à convaincre son mari, et Esther adopte Halima, qui décide d'utiliser son salaire pour payer le pélerinage à la Mecque.

Elie, le fils d'Esther, doit partir pendant un mois pour son travail, et il souhaite placer sa mère dans un établissement durant cette période. Comme Esther refuse, Halima propose alors de l'accueillir chez elle. Malgré des conflits entre elles au sujet de la
guerre du Liban, les deux femmes s'apprivoisent mutuellement, alors que les enfants et les voisins réprouvent cette cohabitation.

La critique : L'histoire que raconte Philippe Faucon se déroule durant l'été 2006, alors que l'armée israélienne a envahi le Liban et que les répercussions des bombardements de Tsahal se font sentir en France, dans une communauté musulmane révoltée devant l'impuissance des occidentaux, et parmi une communauté juive angoisséeface aux manifestations d'une nouvelle forme d'antisémitisme.

C'est bien là le sujet de "Dans la Vie", puisqu'on n'y voit que des membres de ces deux communautés, et que les gaulois n'y apparaissent que comme des silhouettes, ou alors dans le petit écran, pour commenter les images qui arrivent du Liban dévasté. Il y a donc Esther, matrone fatiguée de vivre dans son fauteuil électrique et jamais remise de la perte de la terre de son enfance, et son fils Elie, joué par Philippe Faucon lui-même, attentionné mais ayant sa vie de médecin hospitalier à faire.

De l'autre côté, il y a Sélima, la fierté de sa mère, infirmière libérale qui ne refuse pas un bon verre de vin, mais qui cache à sa famille sa relation avec un homme, et qui fuit l'inquisition de sa tante et de sa cousine voilée qui lui reprochent son mode de vie trop éloigné de leur conception de la religion. Il y a ses parents, Ali et Halima, qui rêvent de faire enfin le pélerinage à la Mecque. Il y a surtout leurs autres enfants, qui préfèrent se cotiser pour payer le voyage, plutôt que de voir leur mère travailler, et surtout travailler pour une juive.

Quand Halima expose à son mari le projet d'accueillir Esther chez eux, il lui objecte : "Mais nous n'avons rien en commun avec ces gens-là !". Propos démenti peu après, quand on le voit avec Halima dans leur chambre, en train d'écouter la musique de Lili Boniche venant de la chambre d'Esther, et qu'on voit la même nostalgie les submerger tous les trois à l'écoute de ce chanteur judéo-arabe symbolique d'une Algérie perdue. Ce qui les oppose, casher versus hallal, est bien peu de chose par rapport à ce qui les rapproche : le partage des mêmes souvenirs, des mêmes odeurs, des mêmes sons, d'un même sensualité orientale comme le résume la scène du hammam.

Lorsque les voisins lui reprochent de pactiser avec l'ennemi, allant jusqu'à mettre le feu à sa boîte aux lettres, Halima va voir l'imam pour lui demander conseil, et pour savoir si l'argent qu'elle gagne est réellement impie. Celui-ci lui demande alors si elle a entendu Esther dire du mal de sa religion ou s'en moquer ; devant sa réponse négative, il lui explique alors que l'islam respecte ceux qui le respectent, et qu'elle peut faire le pélerinage avec l'argent d'Esther. Scène cruciale, qui montre bien que l'antagonisme qui jettent musulmans et juifs les uns contre les autres ne vient pas de leurs religions, mais d'une perception exacerbée du conflit israelo-palestinien, et de l'exploitation que certains en font.

Phlippe Faucon, comme dans "Samia", a choisi de faire appel à des comédiens amateurs, ce qui le rapproche d'Abdellatif Khechiche. Mais la comparaison s'arrête malheureusement là ; alors que dans "L'Esquive" ou "La Graine et le Mulet", le travail de répétition proche de celui d'une troupe de théâtre donne un réalisme et une force qui font la marque de ces films, ici le jeu de certains acteurs manque souvent de naturel (surtout dans la première partie du film), et les dialogues paraissent terriblement artificiel, aggravé par un montage qui donne l'impression d'entendre encore l'écho du "Moteur !" au démarrage de chaque plan.

Dommage, d'autant plus que ces dialogues n'apportent pas grand chose par rapport à ce qui fournit la colonne vertébral du film, à savoir des scènes de chants, de youyous, des silences et des regards, une façon de filmer près des corps et où Philippe Faucon parvient à en dire beaucoup plus sur la proximité entre les deux vieilles femmes nées de l'autre côté de la mer.  D'ailleurs, comme chez Khéchiche, ce sont les femmes qui font bouger les choses, avec leurs malices et leur entêtement, et leur vitalité entraîne le spectateur avec eux dans cette chronique optimiste et salutaire.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 9 mars 2008 7 09 /03 /Mars /2008 14:28

Film espagnol de Juan Antonio Bayona

Titre original
: El Orfanato

Interprètes : Belen Rueda (Laura), Fernando Cayo (Carlos), Géraldine Chaplin (Aurora)
 

Orfanato.jpg

 

Durée : 1 h 46

Note :  5/10

En deux mots : Comment dit-on "déjà vu", en espagnol ?

Le réalisateur : Né à Barcelone en 1975, Juan Antonio Bayona a réalisé une trentaine de formats courts, publicités, clips et courts métrages. "L'Orphelinat" est son premier long métrage.

Le sujet : Laura a passé les première années de sa vie dans un orphelinat au bord de la mer dans les Asturies, au milieu d'enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs, avant d'être adoptée à 7 ans. 30 ans plus tard, elle revient avec son mari Carlos et son fils adoptif Simon, qui est séropositif, dans l'orphelinat qu'elle a racheté dans l'intention d'y accueillir des enfants handicapés. Avant d'emménager dans sa nouvelle demeure, Simon avait déjà des amis imaginaires, Watson et Peppe, aussi ses parents ne s'inquiètent pas trop quand au cours d'une promenade sur la plage, il prétend avoir rencontré de nouveaux amis. Laura met à la porte une vieille femme étrange qui prétend être une assistante sociale, qu'elle entraperçoit la nuit suivante en train de rôder dans une annexe de l'orphelinat. Simon devient bizarre et il révèle à Laura qu'il sait qu'il est malade et adopté.

La critique : Ayant vu les deux incontournables de la semaine avec le
Gondry et l'Assayas, je me demandais quel troisième fim aller voir. Le traitement que Jean-Paul Salomé avait infligé à Belphégor et surtout à ce pauvre Arsène Lupin ne n'encourageant pas à voir "Les Femmes de l'Ombre", j'hésitais entre "Dead Girl" et "L'Orphelinat" : après tout, aujourd'hui l'Espagne occupe le devant de l'actualité, ce film en raflant 23 millions d'euros (les Espagnols font comme les Américains, ils comptabilisent les billets, pas les spectateurs) a fait un carton historique en tête du box office espagnol, vamos !

Une belle photographie, des mouvements de caméra sophistiqués (lent traveling avant depuis le téléphone où la directrice de l'orphelinat a annoncé le départ de la petite Laura jusqu'au jardin où jouent les enfants), des cadrages élégants (la découpe lumineuse de la plage dans le noir de la grotte), ça a l'air de démarrer plutôt bien, d'autant que le personnage de Simon et la relation voilée d'un inquiétude larvée qu'il a avec sa mère suscite la curiosité.

Mais assez vite, cette maîtrise formelle commence à devenir envahissante, tant elle est visible et prévisible : systématisme du traveling latéral sur un objet fixe pour donner l'illusion du mouvement, bruits étranges, craquements, respirations étouffées, musique lancinante puis stridente, nuages qui défilent en accéléré devant le globe solaire, traveling avant dans un couloir obscur vers une porte au verre dépoli, tout le bric-à-brac habituel du genre ne parvient pas à masquer le flou du scénario.

Comme "Le sixième Sens" et "Les Autres" ont placé la barre très haut, on sent que le réalisateur et son scénariste ont despérement cherché à faire plus et plus fort, mais le seul résultat est qu'on se perd et surtout qu'on se désintéresse de cette histoire d'esprits attirant progressivement Laura dans leur monde, à peine réveillés par l'apparition de Géraldine Chaplin dans une séance de spiritisme high-tech, comme une réplique tellurique de "Cria Cuervos".

Et puis, comme souvent avec les premiers films, les citations lassent à force d'être aussi voyantes : le "Shining" de Simon, le petit garçon qui voit les horreurs d'antan, les fantômes de "Les Innocents" de Jack Clayton, le manoir enténébré de "Les Autres", la cagoule d'"Elephant Man" pour dissimuler la monstruosité de Tomas, l'ombre de l'escalier descendant dans la cave de "La Nuit du Chasseur"... Mais "Les Autres" ou "Le Labyrinthe de Pan", réalisé par Guillermo del Toro qui a produit "L'Orphelinat", présentent une linéarité narrative qui manque cruellement au film de Bayona.

Quelques scènes laissent deviner le film gothique que "L'Orphelinat" aurait pu être avec moins de souci de complaire, comme la vision du visage à la Francis Bacon de Benigna agonisante, ou les références aux contes de l'enfance, précureseurs du fantastique : les coquillages du Petit Poucet ou la clé de Barbe-Bleue. Outre d'une coincidence malheureuse avec l'actualité (pas sûr que cette histoire d'orphelinat d'où surgissent les fantômes d'enfants victimes fasse un tabac à Jersey), "L'Orphelinat" souffre d'un scénario trop alambiqué, d'une réalisation trop lisse et d'une absence d'originalité qui finit par lasser.

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mars 2008 - Communauté : Cinéma
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