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Dimanche 11 novembre 2012 7 11 /11 /Nov /2012 08:15

Film français d'Olivier Assayas 


Interprètes : Clément Métayer (Gilles), Lola Créton (Christine), Félia Armand (Alain), Laure (Carole Combes) 

    

Apres-mai.jpg

 

Durée : 2 h 02

Note :  8/10

En deux mots : Cours, camarade, le vieux monde est derrière toi !

Le réalisateur : Né à Paris en 1955, Olivier Assayas est le fils de Jacques Rémy, scénariste de Christian-Jaque et Henri Decoin. Critique de cinéma dans Métal Hurlant, Les Cahiers du Cinéma et Rock &Folk, il consacre de nombreux articles au cinéma asiatique, signant même un documentaire sur Hou Hsiao Hsien. Scénariste de Téchiné pour "Rendez-vous", il réalise plusieurs courts métrages avant son premier long, "Désordre", en 1986. Il réalise ensuite "Paris s'éveille" en 1991, "L'Eau froide" en 1994, "Irma Vep" en 1996 avec son épouse Maggie Cheung, "Fin août, début septembre" en 1998, "Les Destinées Sentimentales" en 2001 d'après Jacques Chardonne, "Demonlover" en 2002", "Clean" en 2004, "L'Heure d'été" en 2008 et "Carlos" en 2010.

Le sujet : En 1971, Gilles est lycéen en banlieue, il milite pour V.L.R. (Vive la Révolution), et est amoureux de Laure qui lui annonce qu'elle part vivre à Londres. A la suite d'une opération de représailles où un vigile a été blessé, il part prendre le vert en Italie au sein d'un collectif de cinéma militant avec son ami Alain et sa copine Christine. Quand Christine veut descendre en Calabre pour participer à un tournage, il refuse de la suivre et rentre à Paris.

La critique : J'avais adoré "L'Heure d'été", notamment parce que j'y avais retrouvé toutes les sensations de mon rapport à la maison familiale du Beaujolais où nous passions nos vacances, grâce à la subtilité du traitement de cette question par Olivier Assayas. Avec "Après Mai", peu d'espoir de revenir à une forme de distanciation, tant ce que raconte ce film fait écho à ma propre expérience avec juste quelques variations en mode mineur : Olivier Assayas est né en 1955, moi en 1956, il était dans un bahut dans l'Essonne, moi dans les Hauts-de-Seine, il était proche des maos-spontex de V.L.R., moi j'étais en Comité Rouge, l'antichambre de la Ligue. Mais ce qu'il raconte je l'ai vécu : ainsi le film commence par la manifestation interdite du 9 février 1971 où Richard Deshayes perdit un oeil d'un tir tendu de lacrymo et où le lycéen "apolitique" Gilles Guiot fut condamné à six mois de prison pour "violence à agent" : l'affaire Guiot fut le prétexte de ma première grève de lycéen.

 

Il y a dans "Après Mai" un souci de l'exactitude de la reconstitution qui fait pour moi de ce film un gigantesque paquet de madeleines proustiennes : la pèlerine luisante des C.R.S. jaillissant des cars vert-de-gris aux toits blancs, la ronéo à stencil Gestetner au fond d'un garage, la colle Remy dans laquelle on met du verre pilé pour dissuader l'ennemi de classe de déchirer nos affiches prolétariennes, le bruit de la petite bille dans la bombe de peinture qu'on secoue avant d'inscrire le slogan, la projection du "Courage du Peuple" de Jorge Sanjines sur la lutte des mineurs boliviens, que j'avais vu dans un festival au 14 Juillet-Bastille (aujourd'hui MK2) où je tenais la table du Comité Chili... On retrouvait ce souci du détail dans "Carlos", mais il m'avait alors plutôt gêné parce qu'il engonçait les personnages dans une théâtralité distante. Ici, je n'ai eu ce sentiment que dans quelques scènes de débat politique où les nécessités scénaristiques qui exigent la concision et la force percutante de la formule se révèlent antinomiques avec la réalité des échanges logorrhéiques entre maos, autonomes et trotskistes à la rhétorique débutante.

 

Ce qui permet aux personnages d'échapper au Musée Grévin, c'est d'une part le fait d'inscrire leur engagement politique dans l'entrelacs de destinées personnelles où se mêlent leurs amours, leurs ambitions culturelles et artistiques et toutes les aspirations de la jeunesse, et d'autre part le choix du casting fait par Assayas : tous les acteurs ont l'âge du rôle, nés pour la plupart en 1993, et leur énergie donne corps à des personnages qui évitent ainsi le piège des stéréotypes. De façon évidente, Olivier Assayas s'est nourri de ses propres souvenirs, mais il a su les dépasser pour construire un récit avec sa propre dynamique, ainsi qu'il l'explique : "A partir du moment où on fait un film, on casse le pacte autobiographique. Je confie des situations fictives, certes inspirées du réel, à des interprètes qui ne sont certainement pas moi, qui sont des jeunes gens d'aujourd'hui, je les inscris dans d'autres lieux, et dans une temporalité qui est celle de la dramaturgie, et non pas celle de la vie."

 

Laure, l'égérie de Gilles, lui lit à un moment le poème de Gregory Corso, I am 25 : "Je déteste les vieux poètes, et spécialement les vieux poètes qui parlent de leur jeunesse en murmurant : j'ai fait cela alors, mais c'était alors..." Je suis mal placé pour savoir si les "jeunes d'aujourd'hui" percevront ou non ce film ainsi à l'heure de Twitter et d'Instagram. Je pense cependant que la sincérité et la vitalité de l'époque si bien restituées ici peuvent faire écho à des spectateurs de tout âge, et qu'au-delà du débat sur l'exemplarité de l'action minoritaire ou sur ce que signifie au cinéma la syntaxe révolutionnaire, ils pourront se retrouver dans la trajectoire de jeunes face à un avenir si brutalement ouvert.

 

Dans ses premiers films, Assayas filmait les visages de très près, souvent au moyen de longues focales ; il le justifiait ainsi : "J'aimais les gros plans parce que cinéma français, et le cinéma français d'auteur, s'en servait très peu, à l'exception de Jacques Doillon. Maintenant c'est l'inverse, ça s'est systématisé, y compris à la télévision." Depuis "L'Heure d'été", il s'en est éloigné, et il privilégie les plans larges et un caméra fluide qui inscrit les personnages dans des espaces qui prennent ainsi toute leur signification : la maison des parents de Gilles pleine de livres, la cave du militant du P.S.U. (ça faisait bien 30 ans que je n'avais pas entendu ça, P.S.U....), la grande maison de campagne et ses jardins où se déroule la fête hippie, le tout baigné par la photographie lumineuse d'Eric Gautier.

 

Oliviers Assayas rappelle : "la génération d'après-mai est née dans le chaos, elle est venue à elle même dans le chaos. N'avaient de valeur symbolique que le rejet du monde, la marginalité, l'entièreté de l'engagement. Une entièreté très destructrice. C'est une génération qui a payé un lourd tribut." Ce constat, symbolisé par le personnage de Laure, fait écho à la phrase de Paul Nizan qui était si en vogue à l'époque : "J'avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie". Et pourtant, et c'est ce que montre pour moi ce film à la nostalgie subtile, avec quarante ans de recul...

 

Cluny

 


Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2012 - Communauté : Cinéma
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Samedi 10 novembre 2012 6 10 /11 /Nov /2012 15:44
Film américain de Ben Affleck

Interprètes : Ben Affleck (Tony Mendez), Bryan Cranston
(Jack O'Donnel), John Goodman (John Chambers), Alan Arkin (Lester Siegel)

Durée : 1 h 59

Argo.jpg

Note :
   5/10 

En deux mots :
Sous prétexte d'une entourloupe amusante, l'ami d'Obama ne serait-il pas en train de justifier une future intervention américaine ?  

Le réalisateur : Né à Berkeley en 1972, Ben Affleck a grandi dans le Massachusetts. En 1993, alors qu'il étudie à l'Oxford College, il réalise un court métrage "I Killed My Lesbian Wife, Hung Her on a Meat Hook, and Now I Have a Three-Picture Deal at Disney". En 1997, il signe avec son ami d'enfance Matt Damon le scénario de "Will Hunting" de Gus Van Sant. Il joue dans de nombreux films à succès comme "Armaggedon", "Pearl Harbor" ou "Jeux de Pouvoir". En 2007, il réalise "Gone Baby Gone", d'après Dennis Lehane, puis en 2010, " The Town".

 

Le sujet : En novembre 1979, des "étudiants islamistes" iraniens envahissent l'ambassade des Etats-Unis à Téhéran et prennent en otage le personnel diplomatique pendant 444 jours. Six diplomates réussissent à s'échapper et à chercher refuge dans la résidence de l'ambassadeur du Canada. A la C.I.A., Tony Mendez, spécialiste de l'exfiltration, monte un scénario pour sortir les "Invités" d'Iran : les faire passer pour l'équipe de production d'un film de science-fiction, "Argo", venue faire des repérages pour le tournage.

La critique : L'histoire que raconte Ben Affleck est inspirée de faits réels, connus sous le nom de Subterfuge canadian (Canadian Caper en V.O.), et on peut comprendre ce qui attiré Ben Affleck et son producteur Georges Clooney dans cette histoire abracadabrantesque, à savoir le montage de la production d'un faux film pour servir de couverture à l'opération d'exfiltration des diplomates américains réfugiés chez l'ambassadeur du Canada. Comme en plus, le scénario du fake aurait pu être écrit par Ed Wood, cela permet une mise en abyme assez réjouissante, notamment dans la partie qui se déroule à Hollywood où John Chambers, le créateur des maquillages de "La Planète des Singes" joué par le toujours excellent John Goodman et le producteur Lester Siegel joué par Alan Arkin montent la couverture de l'opération.

 

La critique est assez enthousiaste pour ce film, soulignant la dimension farcesque réussie et un suspense enlevé ; mais on trouve aussi quelques avis plus négatifs, notamment du côté de Télérama, Libération et l'Humanité : tiens, tiens... Certes, l'histoire est originale, la reconstitution col-pelle-à-tarte est impeccable, il y a des répliques qui font mouche et des ruptures de tonalité entre humour et action. Mais quand on gratte un peu, on se rend compte que la description des Iraniens brutaux et arbitraires (exécutions sommaires, pendaisons, fanatisme des foules) tombe à pic alors que le Pentagone réfléchit à une intervention militaire en Iran pour détruire son potentiel nucléaire. De même, la glorification de l'action de la CIA pour sauver de braves diplomates sans histoire ne permet-elle pas d'esquiver Guantanamo qui n'est toujours pas fermé et les prisons clandestines de l'Agence ?

 

Quant au sens du suspense, il s'agit plutôt pour moi d'un des défauts majeurs du film. OK, ça ne doit pas être simple de sortir six otages recherchés par toutes les polices politiques d'Iran. Mais est-ce vraiment nécessaire de faire durer une scène dix minutes avec comme enjeu le fait de savoir si Lester Siegel décrochera le téléphone de l'agence Studio Six avant que le méchant chef des Gardiens de la Révolution ne raccroche ? Faut-il faire décoller le 747 avec des jeeps et des voitures de police à ses basques, dans une scène cent fois vue ? Dans le dossier de presse, Alan Arkin cite Mark Twain : "La différence entre la réalité et la fiction, c'est que la fiction doit être crédible" ; dommage que Ben Affleck ne s'en soit pas d'avantage inspiré...

 

Et je ne parle pas des scènes finales d'applaudissements et d'embrassades sous une musique pompeuse, ou des panneaux maladroits du générique de fin qui devant tant d'invraisemblances visent sans doute à confirmer qu'il s'agit quand même d'une histoire vraie. Il y avait là une belle histoire, permettant de parler à la fois d'un événement historiqiue méconnu (en tous cas en France) et de raconter des péripéties palpitantes et cocasses. Le traitement formaté qu'en a fait Ben Affleck n'atteint ni l'un ni l'autre de ces buts : ni réflexion politique ni film d'action trépidant, "Argo" cumule une réalisation molle et un propos politique au minimum malvenu, au pire malhonnête.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2012 - Communauté : Cinéma
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Jeudi 8 novembre 2012 4 08 /11 /Nov /2012 20:43
Film français d'Alice Winocour

Interprètes : Vincent Lindon (Le Professeur Charcot), Stéphanie Sokolinski
(Augustine), Chiara Mastroianni (Constance Charcot), Olivier Rabourdin (Bourneville)

Durée :
1 h 42

Augustine

Note :
  8/10 

En deux mots :
Film passionnant sur la violence du traitement fait aux femmes par une médecine d'hommes

La réalisatrice :
Née en 1976 à Paris, Alice Winocour a passé presque par hasard le concours de la Femis qu'elle a réussi. Elle réalise un premier court métrage en 2005,"Kitchen". Elle collabore à la réalisation de "Home" en 2008, le deuxième film d'Ursula Meier. "Augustine" est son premier long métrage.


Le sujet : En 1885, une bonne de 19 ans, Augustine, est internée à la Salepêtrière dans le service du Professeur Charcot, spécialiste de l'hystérie. Objet d'étude favorite de Charcot qui l'utilise pour ses démonstrations sous hypnose, elle devient progressivement aussi objet de son désir.


La critique : Charcot-painting-by-Broui-007Alice Winocour raconte avoir eu comme point de départ la vision du tableau d'André Brouillet datant de 1887, "Une leçon clinique à la Salpêtrière", mettant en scène le professeur Charcot et une assemblée de médecins en costume dissertant devant une femme à demi dévêtue, ainsi qu'une lecture décrivant la Salpêtrière du temps de Charcot, «2 000 femmes du peuple enfermées et observées par des hommes, avec des examens hyper violents et une tension érotique permanente». Cette double dimension, de classe et de sexe, structure tout le scénario écrit par la réalisatrice. Le film commence par un repas dans la famille bourgeoise où sert Augustine, et plus exactement par la cuisson des crabes qui vont être servis, scène déjà présente dans "Kitchen". Quand Augustine s'effondre et fait une crise, le premier réflexe d'une convive est de se signer, et la maîtresse de maison finit par intervenir avec dégoût en lui jetant à la figure le contenu d'une carafe d'eau.

 

 

Arrivée à la Salpêtrière pour une simple visite, Augustine se voit retenue (en réalité, elle y resta 12 ans) au milieu de femmes filmées comme les malades de l'asile où Salieri finit ses jours dans "Amadeus". Alors qu'Augustine prie la nuit son ange gardien, une malade lui conseille de prier plutôt Charcot, et quand elle fait la queue au milieu de dizaines de patientes pour la visite, celles qui sortent sont pressées de questions : "Alors, t'as vu Charcot ? Il t'a touchée ?" : le maître de ces lieux est attendu et craint comme un monarque guérissant les écrouelles. Lui-même dépendant de l'Académie de Médecine pour ses subventions, Charcot règne sur la communauté des médecins, des soignantes et des malades avec autorité et dureté. Les malades, toutes des femmes (même si plus tard Charcot étudia des cas d'hystérie masculine) sont traitées comme des objets, soumis à des examens barbares au moyen d'instruments qui rappellent ceux de "Faux Semblants" de Cronenberg qu'admire Alice Winocour, et quand il est montré dans son intimité, Charcot montre plus d'attention à son singe qu'à ses patientes.

 

L'action se déroule durant l'hiver 1885, alors même que Jean-Martin Charcot accueillait comme élève un jeune médecin autrichien du nom de Sigmund Freud. Charcot a la certitude que la source de l'hystérie se situe dans le cerveau et commence à envisager une origine psychogène, même si on le voit continuer à y chercher des lésions dans les coupes cérébrales de malades défuntes. Son traitement par l'hypnose passionne Freud, et même si celle-ci est utilisée à des fins bien différentes, on pense par moment à " Au fond des Bois" dans la communauté de situation de ces deux femmes victimes d'une utilisation abusive de cette technique. Certes, Charcot prétend l'utiliser à des fins curatives, mais elle lui permet aussi de mettre en scène ses leçons et de recueillir ainsi les subsides nécessaires à la marche de son établissement.

 

Ce n'est pas évident de réaliser un premier film en costumes, et il est toujours difficile de donner de la vie à des personnages engoncés dans des costumes et enfermés dans les décors du patrimoine. Alice Winocour se sort de cet écueil avec brio, grâce à son choix de serrer le cadre autour des personnages, et de jouer de la profondeur de champ pour isoler l'action au milieu d'une foule ou d'un grand espace, le tout magnifié par la très belle photographie de Georges Lechaptois qui emprunte la palette d'un Degas ou d'un Caillebotte, et suggère même une ambiance gothique dans ses extérieurs filmés sous une brume automnale.

 

Film sur la relation entre un homme médecin et une femme patiente, "Augustine" repose sur la qualité de l'interprétation de ses deux protagonistes principaux. Vincent Lindon incarne parfaitement le mélange de certitude arrogante et de scrupules de ce mandarin impressionnant, alors que la chanteuse-actrice Sokho, déjà vue dans " A l'origine", apporte elle une dualité faite de la fragilité due à sa double condition de femme du peuple et d'une résolution qui lui permet de dominer sa maladie mieux que les soins brutaux de Charcot. Le rapport de force entre les deux s'inverse progressivement, et selon Alice Winocour "comme dans une relation SM, la dominée a finalement le pouvoir". Peu suspect de complaisance à l'égard du cinéma d'auteurs français, je manifeste d'autant plus mon engouement pour ce premier film intelligent et subtil qu'il détient une qualité devenue rare, celle d'apporter à son spectateur un éclairage nouveau sur un élément de notre culture commune.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2012 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 7 novembre 2012 3 07 /11 /Nov /2012 20:22
Film français de Géraldine Nakache et Hervé Mimran

Interprètes : Leïla Bekhti (Samia), Géraldine Nakache
(Gabrielle), Manu Paillet (Michaël), Nader Boussandel (Nabil)

Durée : 1 h 38

Nous-York.jpg

Note :
  7 /10 

En deux mots :
Plus comédie générationnelle un peu mélancolique que franche poilade, "Nous York" parvient autant à faire rire qu'à émouvoir.  

Les réalisateurs : Née en 1980, Géraldine Nakache est la soeur d'Olivier Nakache. Elle a joué dans "Comme t'y es belle" et "Tellement proches".
Né en 1967, Hervé Mimran a réalisé La Minute Blonde sur Canal +, avant de participer au scénario de "Comme t'y es belle".
Ensemble, ils ont réalisé en 2010 "Tout ce qui brille" qui a permis à Leïla Bekhti d'obtenir le César du meilleur espoir féminin.

 

Le sujet : Pour les trente ans de leur copine d'enfance Samia, trois potes de la cité des Pâquerettes à Nanterre décident d'aller à New York pour la rejoindre, elle et Gabrielle, la dernière de leur bande. Samia est devenue l'assistante d'une star de cinéma dont elle garde l'appartement pendant que celle-ci est en tournage, alors que Gabrielle travaille comme assistante de vie dans une résidence de personnes âgées de la communauté juive, parmi lesquelles se trouve Mme Hazan, une française qui se prend d'affection pour elle.

La critique : Cela fait vraiment partie des plaisirs de cette fonction de blogueur-critique que de ressortir d'une salle avec un avis bien meilleur que celui que je pensais avoir en me rendant à la projection ; ces derniers temps, l'inverse a été très fréquent, la faute à l'emballement si rapide de la critique germanopratine pour des films d'auteurs abscons. Par contre, les bonnes surprises ont été bien plus rares. Il faut dire que j'avais déjà marqué ma différence en n'aimant pas "Tout ce qui brille", lui reprochant un enjeu dramatique du niveau CE2 : Je cause plus ma copine, et un enjeu social épais comme une feuille de papier à cigarette : peut-on en venant de Puteaux entrer en boîte et se faire inviter aux afters.

 

"Tout ce qui brille" fait d'ailleurs partie des quelques critiques dont je n'avais pas réussi à finir la rédaction, sans doute peu motivé pour descendre un film que j'aurais préféré aimer, du fait de l'aspect sympathique du projet, de l'amitié apparemment sincère entre Géraldine Nakache et Leïla Bekhti que j'avais appréciée dès "Sheitan", et du décalage entre la vitalité de la promo et l'atonie du film. C'est donc avec des formules du type "la Méthode Coué ne suffit pas à faire un bon film" dans un coin de ma tête que je suis allé voir ce "NousYork", une dizaine d'heures après avoir retweeté comme plus de 600 000 personnes le "Four more years" de bo-. Car de Barack Obama il en est question dans "Nous York", à commencer par le t-shirt HOPE (j'en ai une très belle version FEAR avec Dark Vador) que portent les trois compères en débarquant à Big Apple, ou par le cri de ralliement du trio pour manifester leur enthousiasme.

 

Après une scène d'ouverture aux Pâquerettes, le film débute vraiment avec une approche aérienne de New York qui évoque celle de "West Side Story", et qui se prolonge par un très beau générique qui inscrit les noms comme des éléments urbains dans un traveling en plongée sur les rues de Gotham. Puis nous suivons les pérégrinations prévisibles de nos Pieds Nickelés, avec un petit air de déjà vu, ne serait-ce que dans la façon de montrer le sans-gêne de nos compatriotes et l'échec rédhibitoire de l'enseignement des langues vivantes en France qui rappellent le "2 Days in New York" de Julie Delpy, dont on retrouve ici l'idée du diaporama accéléré.

 

Et puis progressivement, le film sort du sentier battu de la comédie française pour ados (composition majoritaire de la salle pleine à craquer hier soir à la Défense) pour suivre le parcours plus erratique d'un feel-plutôt-good-moovie sur la génération des trentenaires confrontés à un tournant de la vie, entre déjà une nostalgie, l'apprentissage des premiers échecs et l'énergie apportée par le sens de la communauté. "Tout ce qui brille" se résumait trop à la relation entre les deux copines, et Géraldine Nakache et Olivier Mimran ont eu l'intelligence de comprendre la carence provenant de la sous-utilisation du personnage d'Audrey Lamy, et ici, d'équilibrer le système en introduisant les trois garçons pour former un groupe qui évoque à chacun les bandes de la jeunesse, où on peut se balancer ses quatre vérités avec la plus grande des violences (au grand dam des mangeuses compulsives de pop-corn de la rangée de derrière qui ont manifesté bruyamment que "ça s'fait aps") et se retrouver peu après vautrés et empilés sur un canapé.

 

De même, le film s'enrichit de la présence du personnage de Mme Hazan, jouée par une Marthe Villalonga formidable dans ce rôle de vieille dame indigne et malicieuse, et il faut la voir entonner un slam avec Géraldine Nakache, avant que le cadre s'élargisse pour laisser la place à la chorale du Brooklyn Jewish Nursery Home, proche écho des dynamiques choristes de " I Feel Good". A cette occasion, New York, ville cosmopolite par excellence, fournit le cadre pour un rapprochement des cultures plutôt subtil personnifié par la relation qui s'établit entre Mme Hazan et Nabil. On pourrait vite basculer dans le pathos lourdingue, mais un indiscutable sens de l'ellipse et du changement de tonalité permettent d'éviter cet écueil et de laisser l'émotion s'installer discrètement.

 

Il y a quelques belles idées de mise en scène dans ce "Nous York", comme ce clip sur le "New York, New York" de Sinatra, là où est dit "If I can make it there, I'll make it anywhere" ; message à double signification, car si la ville qui ne dort jamais permet au Club des Cinq de se révéler des choses qu'ils n'ont pas pu se dire dans le neuf-deux, à la fin de leur périple, ils se rendent compte aussi à l'instar de Sénèque que voyager n'est pas guérir son âme.

 

Cluny  

 

 

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2012 - Communauté : Cinéma
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Lundi 5 novembre 2012 1 05 /11 /Nov /2012 20:12

Film américain de Tim Burton

Voix : Charlie Tahan (Victor), Wynona Ryder (Elsa), Martin Landau (M. Rzykruski)

 

 Frankenweenie.jpg

Durée : 1 h 27

Note : 6/10

En deux mots : La dernière fois, je disais : Tim Burton fait du Tim Burton ; là, en plus, Tim Burton refait du Tim Burton.

Le réalisateur : Né en 1958 à Burbanks, Tim Burton a suivi les cours du California Institute of the Arts avant d'être engagé chez Disney, où il participe à l'animation de "Rox et Rouky". Il réalise deux courts métrages "Vincent" et "Frankenweenie", avant de tourner son premier long en 1985 "Pee Wee Big Aventure". En 1988, il rencontre le succès avec "Beetlejuice", joué par Michael Keaton qu'il retrouve en 1988 dans "Batman" et en 1991 dans "Batman, le Défi".
En 1990, il met en scène pour la première fois Johnny Depp dans "Edward aux Mains d'Argent", collaboration qui sera suivie de "Ed Wood" (1994), "Sleepy Hollow" (1999), "Charlie et la Chocolaterie" (2005) et "Les Noces funèbres" (2005), "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" (2008), "Alice au pays des merveilles" (2010) et "Dark Shadows" (2012). Il réalise aussi "Mars Attack" (1997), "La Planète des Singes" (2001) et "Big Fish" (2004).

Le sujet : Victor habite avec ses parents et son chien Sparky dans la petite ville de New Holland. Rêveur, bricoleur et passionné de cinéma, il a pour seul ami Sparky. Quand il demande
à son père l'autorisation de participer au concours de sciences lancé par le nouveau professeur de biologie, M.Rzykruski, son père lui accorde cette autorisation à condition de s'inscrire au base-ball. Lors de son premier match, il parvient à lancer enfin la balle très loin, et en allant la chercher, Sparky est écrasé par une voiture. Inconsolable, Victor a une idée quand M. Rzykruski montre que les muscles d'une grenouille morte réagissent au courant électrique...


La critique : En 1984, alors qu'il travaillait pour Disney, Tim Burton avait réalisé un court métrage de 29 minutes qui racontait déjà l'histoire de Victor et de son chien Sparky. Dès cette époque, il aurait aimé le réaliser avec la technique qu'il a adoptée par la suite pour "L'Etrange Noël de Mister Jack", celle de la stop motion, où le film est constitué d'une photographie prise pour chaque image. Pour une raison de coût, le film a finalement été réalisé en prises de vues réelles, et c'est une des raisons de l'envie de Tim Burton de réaliser son projet initial, sachant qu'il n'y a plus de problème de droits maintenant que le gamin de Burbanks est retourné dans le giron de Disney.

 

Deux ans auparavant, il avait tourné un premier court de 6 minutes, "Vincent", l'histoire d'un garçon de 7 ans qui se prend pour Vincent Price et qui veut transformer son chien en zombie. Le "Frankenweenie" de 2012 s'inspire aussi de ce "Vincent", ne serait-ce que par le personnage de M. Rzykruski, dont les traits évoquent la longue figure de l'idole de l'enfance de Tim Burton, et dont la voix originale est jouée par Martin Landau, qui emporta un oscar pour son rôle de Bela Lugosi dans "Ed Wood". On le voit, la boucle est vite bouclée, et c'est un peu ce qui limite mon enthousiasme : oui, le film est parfaitement réalisé ; oui, il y a un subtil mélange d'humour et d'émotion, de poésie et de noirceur ; oui, Tim Burton parvient (à peu près) à tenir la distance d'un long métrage avec le scénario d'un court. Mais forcément, on a une impression de déjà vu et on ne peut vraiment pas parler d'effet de surprise.

 

Alors, vous me direz, Modiano écrit toujours le même roman, Edward Hooper peignait toujours la même solitude des êtres au milieu du paysage américain, et nombreux sont les grands réalisateurs à revenir sur les mêmes thèmes. Effectivement, quand on va voir un Tim Burton, on sait à quoi on va s'en tenir, et le jeu des citations, voire des autocitations fait partie du plaisir du spectateur cinéphile ; ici par exemple, on peut évoquer pêle-mêle l'alignement des maisons de "Edward aux mains d'argent", les origines hollandaises de "Sleepy Hollow", le moulin perché à l'écart de la ville qui évoque les manoirs de "Beetlejuice" ou de "Batman", la coiffure de Perséphone, le chien d'Elsa, qui rappelle celle de la Martienne qui s'introduit dans la Maison Blanche dans "Mars Attack" ; et bien sûr, on retrouve un cimétière, même si cette fois il s'agit d'un cimetière pour animaux. Tim Burton a raconté : "Les cimetières font partie de mon âme, il y en avait un à côté de chez moi. C'était un endroit où je me sentais à l'aise, un monde de quiétude, mais aussi d'émois, de drames."

 

Il y a bien ça et là quelques originalités, comme la tortue rendue à la vie par le camarade de classe japonais de Victor et qui prend la forme d'un godzilla chélonien, ou le film suédé que réalise Victor et dont on voit la projection familiale au début, clin d'oeil au premier "Frankenweenie". Mais globalement on navigue sans surprise dans l'univers devenu familier de Burton, illustré par la musique de Danny Elfman dont c'est la seizième collaboration avec le réalisateur de "Beetlejuice", et on est presque surpris de ne pas reconnaître la voix de Johnny Depp ou celle d'Helena Bonham-Carter. Finalement, j'en arrive à me dire que les meilleurs Burton sont ceux qui télescopent son univers à un autre, l'obligeant à se confronter à la nouveauté, comme pour "Mars Attack", "Charlie et la Chocolaterie" ou "Batman". Faute de cet afflux de sang nouveau, Tim Burton finit par ressasser, certes brillamment, les mêmes images et les mêmes idées, et on ne peut que regretter cette forme de paresse créative.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de novembre 2012 - Communauté : Cinéma
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