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Dimanche 9 juin 2013 7 09 /06 /Juin /2013 08:05
Film français de Antonin Peretjatko

Interprètes : Vimala Pons (Truquette), Grégoire Tachnakian (Hector), Serge Trinquecoste (Docteur Placenta) 

Durée :
1 h 28

14-juillet.jpg

Note :
  7/10 

En deux mots :
   
Premier petit film singulier et volontairement foutraque, une agréable surprise.

Le réalisateur :
Né en 1974, Antonin Peretjatko a suivi les cours de Jean Doucet à Jussieu, puis entre à l'école Louis Lumière. Il passe par tous les métiers du cinéma, scénariste, ingénieur du son, monteur, et réalise son premier court métrage en 2002, "L'Heure de pointe". Il en tourne cinq autres avant de réaliser son premier long métrage, "La Fille du 14 juillet".


Le sujet : Pator rencontre Truquette au Louvre le 14 juillet, et depuis il n'a qu'une idée, la revoir. Avec son ami Bertier, recherché par la police pour exercice illégal de la médecine, il propose à Truquette et à sa copine de partir en vacances vers la mer. dans une France en crise, ils rencontrent différentes personnes, avant d'apprendre que la rentrée a été avancée d'un mois.


La critique : Outre une fin d'année très occupée, ma présence en pointillé ces derniers temps s'explique aussi par le peu d'attrait devant les sorties post-cannoises : la moyenne d'étoiles des critiques sur Allociné ne dépasse que très rarement un petit 2,5, et le film allemand ou tunisien qui pourrait être intéressant se donne dans des cinémas bien éloignés. C'est donc presque par hasard, voire par élimination que je suis allé voir ce premier film présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, et dont il faut bien dire je ne savais pas grand-chose. Le film s'ouvre avec des images prises lors des défilés du 14 juillet 2011 et 2012, le changement de président étant assez visible. Passées en accéléré avec un musique à la Benny Hill, les images de la tribune présidentielle se levant, s'asseyant, ou applaudissant sont assez savoureuses en ce qu'elles révèlent le ridicule compassé de ce protocole.

 

Puis apparaît l'héroïne, la fille du 14 juillet, robe bleu et bottines marrons, qui vend "Le Communard", des pavés en mousse et des guillotines miniatures dans un panier comme en avaient les ouvreuses il y a un demi-siècle. Les dialogues sont décalés, le ton doinelien, et on se demande quand même où on a mis les pieds, entre "Zazie dans le Métro", "Week-end" et "Céline et Julie vont en bateau". Puis au fur et à mesure on s'habitue à ces raccords mal foutus, à cette impression de décalage entre l'image et le son, et à l'alternance de jeu atone et d'explosion de surjeu des acteurs. Des situations burlesques, des répliques absurdes commencent à faire sourire, puis franchement rire : "Quel âge à cette statue ?" "3000 ans et 2 mois" "Comment pouvez-vous être aussi précis ?" "Quand je suis arrivé ici il y a 2 mois, on m'a dit qu'elle avait 3000 ans".

 

Régulièrement, un personnage déclare "J'ai un truc à vous raconter", puis se tourne vers la caméra, et on ouvre un flashback au milieu d'un autre flashback. Parfois une voix off à la Truffaut déclame un texte littéraire : "En partant de Paris, Truquette pensait à la Seine. Elle allait vers la mer, et soufflait un vent de liberté...". Ce goût littéraire ce retrouve dans un flashback où deux filles demandent à Pator de choisir entre Racine et Camus, mais celui-ci répond Tchékhov : et hop, on se retrouve à faire de la luge dans la campagne russe enneigée... Cette impression d'improvisation, de pensée par flot est démentie par Antonin Peretjatko : "Il n’y a rien de plus faux. C’est écrit à la virgule près. Comme le plan de travail est très lourd, je ne pars jamais en tournage sans un découpage précis, avec un repérage des décors, un plan au sol pour la position de la caméra, parce que sinon je sais que je vais perdre énormément de temps".

 

De même, l'impression de décalage n'est pas fortuite : le réalisateur a choisi de tourner en 16 mm, et à un rythme de 22,5 images-secondes, ce qui donne un son plus aigu et un effet de postsynchro. Mieux, les faux raccords évoqués plus haut sont intentionnels : "Je cherche à ce que ça ripe un peu à chaque fois qu’on passe d’un plan à l’autre, à éviter le raccord parfait. Il ne s’agit pas de bâcler mais de poser des postulats esthétiques, ça donne un effet "débraillé" ou "foutraque" totalement assumé. Ma hantise est de perdre cette malfaçon aux finitions du film en lissant tout." Qu'il se rassure, cette malfaçon reste bien visible, et elle participe à l'effet d'étrangeté poétique et à la drôlerie surréaliste qui baignent tout ce premier film atypique et attachant.

 

Cluny

 


Par Cluny - Publié dans : critiques de juin 2013 - Communauté : Cinéma
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Jeudi 30 mai 2013 4 30 /05 /Mai /2013 23:43
Film libano-israélien de Ziad Doueiri

Interprètes : Ali Suleiman (Dr Amine Jaafari), Reymonde Amsellem (Siham Jaafari), Evguenia Dodina (Kim) 

Durée :
1 h 45

Attentat.jpg

Note :
  6/10 

En deux mots :
 
Dans une volonté de rendre son film visible par les publics de toute origine en recentrant le propos du roman sur la simple dimension personnelle, Ziad Doueiri réduit la portée de son film.

Le réalisateur :
Né au Liban en 1963, Ziad Doueiri étudie le cinéma aux Etats-Unis, où il travaille comme assistant caméraman sur "Jackie Brown" et "Pulp Fiction" de Quentin Tarantino. En 1999, il réalise au Liban "West Beirut", puis "Lila says" en 2004. Il réalise aussi un épisode de la série "Sleeper Cell" en 2005.


Le sujet : Le Docteur arabe israélien Amine Jaafar est un chirurgien reconnu dans un grand hôpital de Tel Aviv. Quand son service reçoit les victimes d'un attentat meurtrier dans un restaurant, il opère les victimes avec dévouement. Rentré chez lui, il découvre que sa femme est absente. En pleine nuit, il est rappelé à l'hôpital. Là, il apprend que la kamikaze qui a déclenché la bombe est sa femme..


La critique : "L'Attentat" est une adaptation du roman de l'écrivain algérien Yasmina Khadra, et à ce titre, il convient de le considérer de ce double point de vue : d'une part en tant qu'œuvre à part entière, et d'autre part en comparaison avec le roman d'origine, car ce que le réalisateur choisit de retenir, de supprimer ou de rajouter raconte beaucoup de ses choix. J'avais lu le roman à sa sortie, mais je n'en gardais pas un souvenir très précis, et c'est donc en le relisant que j'ai pu effectuer cette confrontation entre les deux histoires. Le film de Ziad Doueiri est extrêmement fidèle aux deux premiers tiers du roman, reprenant même des passages entiers des dialogues, et notamment certaines phrases-clés que j'avais notées : "Il n'y a qu'une seule chose pour aller au bout de ses épreuves : se préparer au pire", "Elle a détruit un peu de la confiance que l'Etat d'Israël place dans ses citoyens arabes", ou "Ta femme est morte pour ta rédemption, Docteur Jaafari".

 

On retrouve la même situation de départ : le Docteur Jaafari est un citoyen israélien arabe laïc, vivant à Tel Aviv, entouré d'amis juifs, et convaincu de ce qu'il dit dans son discours lors de la réception d'un prix médical : "Chaque Juif est un peu arabe, et chaque Arabe ne peut nier la part de juif qui est en lui". Même si la tension due au contexte d'un conflit de plus de soixante ans est perceptible dès le début dans l'hostilité larvée d'un médecin juif à l'égard d'Amine, il représente le summum de l'intégration. Il est au cœur du lieu qui lui fait vivre l'attentat du point de vue des victimes, et nous avec, et quand lui est révélée l'identité du kamikaze, et à nous avec, tout son univers bascule. Apparaît alors les premières variantes : contrairement au livre, Siham est chrétienne, et le personnage d'Adel apparaît avant même la révélation de l'identité du kamikaze, alors que dans le livre Amine ne fait sa rencontre qu'à la toute fin du récit.

 

Si on retrouve les mêmes étapes dans le processus de deuil d'Amine : le déni, la colère, la tristesse, la dimension politique de son parcours dans les Territoires n'a pas la même signification, ce qui se traduit par l'occultation du dernier tiers du livre qui se conclut (ATTENTION, SPOILER DU ROMAN) avec la riposte de Tsahal qui exécute le Cheick Marwan à l'aide d'un drone. De même, et ce choix est loin d'être neutre, la raison de l'engagement de Siham reste plus nébuleuse, et c'est délibéré : "Le cœur du film est ailleurs : c’est l’implosion d’un couple, suite à la trahison de Siham, l’épouse d’Amine. Nous avons balayé toutes les hypothèses expliquant son geste kamikaze. La solution était ailleurs : il fallait laisser le spectateur libre de toute interprétation. Ce qui importe le plus dans le film, c’est ce qu’Amine apprend sur son couple et sur lui-même." Ce choix consensuel, sans doute destiné à mieux "vendre" le film en Occident vide le récit de sa complexité et pour tout dire, d'une part importante de son intérêt.

 

Formé comme technicien du cinéma, Ziad Doueiri raconte qu'il a vu " The Tree of Life" peu de temps avant de réaliser "L'Attentat", et qu'il a craint d'en voir son style et son montage trop influencés. On retrouve effectivement quelque chose de malickien dans la mobilité de la caméra, et dans une façon de découpler le sentiment des personnages et la perception de leur environnement. Mais il fait aussi appel à des procédés plus balourds, comme l'apparition du fantôme de Siham, ou l'intégration répétitive de flashbacks qui soulignent pesamment le propos. Profitant de son passeport américain, il a pu tourner en Israël et en Cisjordanie malgré les difficultés que cela impliquait, et la localisation de l'histoire dans ces lieux donne une véracité au récit. Même si l'histoire qui nous est finalement présentée ne manque pas de force et d'intérêt, elle reste bien deçà de la subtilité du roman dans sa présentation de l'enchevêtrement des différents points de vue, et le lecteur du livre aura forcément l'impression de n'en voir qu'une version édulcorée.

 

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2013 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 26 mai 2013 7 26 /05 /Mai /2013 08:38

Film italien de Paolo Sorrentino 

Interprètes : Toni Servillo (Jep Gambardella), Carlo Verdone (Romano), Sabrina Ferilli (Ramona)

Durée : 2 h 22

 

 Bellezza.JPG

Note :  8/10

En deux mots : Pour son retour dans la péninsule, Sorrentino rend hommage au glorieux passé du cinéma italien, tout en décrivant avec une grandiloquence assumée la société de son époque.

Le réalisateur : Né en 1970 à Naples, Paolo Sorrentino a commencé en 1998 comme scénariste pour Antonio Capuano ("Polvere di Napoli"). Il réalise son premier long métrage en 2001, "L'Uomo in Più", déjà avec Toni Servillo. Ses quatre films suivants sont en compétition à Cannes : "Les Conséquences de l'amour" en 2004, et "L'Ami de la famille" en 2006, "Il Divo" en 2008 (Prix du Jury) et "This Must Be the Place" en 2011 tourné aux Etats-Unis avec Sean Penn.

Le sujet : À 65 ans, Jep Gambardella réalise des entretiens pour une revue de luxe, et organise des fêtes  où se presse le Tout-Rome sur la terrasse de son appartement qui donne sur le Colisée. Il y a 40 ans, il a écrit un roman, "L'Appareil Humain", qui a remporté un prix littéraire, et la venue de la vieillesse le pousse à se remettre à l'écriture, mais l'annonce de la mort de son amour de jeunesse le renvoie à son désarroi devant la vacuité de son existence.


La critique : Paolo Sorrentino est un des chouchous du Festival de Cannes, et il y a des chances (je prends des risques, à quelques heures du palmarès) qu'il en reparte encore avec quelque chose. On peut comprendre cet engouement, car le réalisateur de " Il Divo" a toutes les qualités qui rappellent aux cinéphiles le passé glorieux du cinéma d'auteur italien, au premier rang desquels figure bien entendu Federico Fellini, couronné par la Palme d'Or en 1960 avec "La Dolce Vita". "La Dolce Vita", justement, dont le héros, Marcello Rubini, plumitif aux ambitions littéraires frustrées peut apparaître comme l'ombre de ce que fut Jep Gambardella dans sa jeunesse, et qui dessine au long de son errance nocturne dans la Ville Éternelle le brouillon du parcours que va suivre le dandy désabusé qui court à la recherche d'une si grande beauté un demi-siècle plus tard.

 

À la Fontaine de Trevi, il substitue celle de l'Acqua Paola sur la colline du Janicule, où la bouche du canon qui tire le coup de midi pour synchroniser les cloches des églises ouvre le film. Au lieu d'une Anita Ekberg, c'est un Romain obèse en maillot de corps qui se rafraîchit dans la fontaine, alors qu'un touriste japonais s'écroule foudroyé tandis qu'une chorale entonne un chant éthéré. D'emblée, la caméra virevolte avec grâce, enchaînant à coup de raccords dans le mouvement fluides les travelings aériens, qu'on retrouve dans une version nocturne et techno-disco au cours d'une fête donnée pour les 65 ans de Jep, dont le clou est l'éruption hors du gâteau d'une starlette cougar aux formes felliniennes révélée par une téléréalité berlusconienne. Dans un traveling avant, la caméra avance alors que la danse frénétique se ralentit et que la musique s'assourdit, pour isoler le sourire satisfait du héros de la fête, et qu'en voix off, on l'entend commencer son commentaire, à moins que ce ne soit les premières lignes du nouveau livre du Salinger romain ?

 

Il y avait déjà quelque chose de profondément désabusé dans la description de la société romaine en 1960, alors même que l'Italie n'avait pas encore connu les années de plomb et la déliquescence morale du berlusconisme. On retrouve des prolongements aux thèmes de la "Dolce Vita" : au faux miracle de la Vierge s'opposent la sainte édentée qui reçoit les représentants de toutes les religions et le cardinal papabilisable qui fuit la réponse aux questions existentielles de Jep, les discussions intellectuelles chez Steiner trouvent un écho dans les joutes futiles qui se jouent sur la terrasse de Jep, et les errances nocturnes de Marcello et Maddalena inspirent les déambulations de Jep qui croise Fanny Ardant. Et puis à la frivolité blasée de la jet set romaine des années 60 vient s'ajouter la vulgarité de l'époque post-moderne, et les effets de la pourriture de la société symbolisée par le mystérieux voisin de Jep qui se fait arrêter par la brigade financière.

 

La critique est divisée devant "La Grande Bellezza", entre ceux qui admirent l'inventivité et l'ambition de Sorrentino, et ceux qui dénoncent la prétention et la durée excessive du film. C'est peut-être bon signe, car une telle œuvre ne peut prétendre au consensus, et les choix radicaux du réalisateur napolitain, que ce soit dans l'écriture du scénario ou dans le travail de la photographie de Stefania Cella, ne peuvent plaire à tout le monde, surtout quand on voit comment ils s'opposent au minimalisme seventies de " Only God Forgives". Alors certes, 2 h 22, c'est long, et on frôle la saturation aux deux-tiers du film devant un tel foisonnement, mais le basculement de la fin vers une sobriété qui correspond à celui de l'état d'esprit du héros retend l'attention et amène une réelle émotion en écho au sentiment que Jep résume à "la tristesse disgracieuse de l'homme misérable".

 

Toni Servillo est annoncé pour le Prix d'interprétation masculine, en concurrence avec Benicio Del Toro et Michael Douglas. S'il venait à le recevoir (je n'ai vu ni le Assayas, ni le Soderbergh), ce serait largement mérité, vu que, présent dans quasiment tous les plans du film, il joue avec brio toute la gamme des émotions tout en conservant son élégance hautaine et dérisoire. Tout à la fois pesant et virtuose, agaçant et fascinant, "La Grande Bellezza" a les défauts de ses qualités, mais il possède le très grand mérite devenu rare de nos jours de porter une formidable ambition de cinéma, et rien que pour ça, il mérite d'être vu.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2013 - Communauté : Cinéma
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Mercredi 22 mai 2013 3 22 /05 /Mai /2013 20:51

Film danois de Nicolas Winding Refn 

Interprètes : Ryan Goslin (Julian), Kristin Scott-Thomas (Crystal), Vithaya Pansringarm (Chang)


Only-God.jpg

Durée : 1 h 30

Note :  5/10

En deux mots : Le brio et la témérité de la forme ne suffisent pas à sauver le film d'un certain ridicule et d'une complaisance renouvelée pour la violence.


Le réalisateur : Né en 1950 à Copenhague, Nicolas Winding Refn quitte le Danemark après ses études secondaires pour aller à New York afin de suivre des cours d'art dramatique. Renvoyé au bout d'un mois pour avoir lancé un bureau en plein cours, il retourne au Danemark où il réalise un court métrage, "Pusher". Un producteur le remarque et lui permet de le transformer en long métrage en 1996, suivi en 2004 de "Pusher 2" et en 2005 de "Pusher 3". Il tourne en 2006 son premier film en langue anglaise, "Valhalla Rising". En 2009, il réalise "Bronson", mais c'est avec "Drive" en 2011 qu'il rencontre le succès auprès du grand public.

Le sujet : À Bangkok, Julian, un Américain qui a fui la justice de son pays, tient une salle de boxe thaï qui sert de couverture à un trafic de drogue. Son frère Billy viole et tue sauvagement une très jeune prostituée. Chang, le chef de la police, pousse le père de la victime à se venger et à tuer Billy. Crystal, la mère de Julian, arrive à Bangkok pour rapatrier le corps de Billy. Elle décide de se venger à son tour.

La critique : 5/10, c'est la moyenne. La moyenne entre 8/10 et 2/10, les deux notes extrêmes entre lesquelles j'ai fluctué tout le long du film, et qui différencie ce 5-là de celui que j'attribue souvent aux films sans relief. Car s'il est un reproche qu'on ne peut pas faire à "Only God Forgives", c'est celui de la médiocrité consensuelle, tant il tranche avec la production moyenne, et justifie à ce titre sa présence à Cannes. Alors, par quoi débuter cette critique ? Par ce qui peut enthousiasmer ou par ce qui finit par exaspérer ? Think positive, commençons par ce qui justifie qu'on ne quitte pas la salle comme j'ai pu l'être tenté une ou deux fois, à savoir une tranquille cohérence dans le too much seventies qui fait de la vision de ce film un voyage sensoriel dans le passé du cinéma.


Pour cadre de sa sombre histoire de vengeances, Nicolas Winding Refn a choisi un Bangkok où s'oppose la blancheur violente de la lumière du jour et les couleurs rouges et noires de la vie nocturne, entre club de boxe thaï, grand hôtel international et claque glauque. Il a fait appel au directeur de la photographie de "Eyes Wide Shut", Larry Smith et on retrouve des cadres et des travelings typiquement kubrickiens, particulièrement du côté de "Shining". Une nouvelle fois après "Drive", la musique est signée Cliff Martinez, le batteur des Red Hot Chili Peppers, qui compose une partition planante au synthé agrémenté de clochettes et de "Tzzziiiinnng" chaque fois que Vithaya Pansringarm dégaine son sabre, c'est-à-dire très souvent.

 

Nicolas Winding Refn dédie son film à Alejandro Jodorowsky, l'inventeur du western métaphysique, et de fait, on peut qualifier "Only God Forgives" de film de karaté transcendantal ; il raconte être parti de l'idée d'un homme qui décide de se battre contre Dieu, représenté par un chef de la police vengeur et impitoyable : "La foi est fondée sur le besoin de trouver une réponse transcendante alors que, la plupart du temps, nous ignorons quelle est la question. Lorsque la réponse surgit, par conséquent, il nous faut faire un retour complet sur notre vie afin de trouver la question. Ainsi, le film est conçu comme une réponse, mais ce n'est qu'à la fin que la question est révélée." Diantre ! Je crois encore moins comprendre le film après ça...


Les références ne s'arrêtent pas à Kubrick et Jodorowsky, puisqu'on peut évoquer l'apparition de Kurtz dans "Apocalypse Now", Wong Kar Wai sur le déplacement félin des personnages accordé sur la musique, et Gaspard Noé, à la fois du côté de "Irréversible" pour la chorégraphie de l'ultraviolence et  de celui d'" Enter The Void" pour l'expérience sensorielle. Si le hiératisme et la composition sulpicienne frise souvent le ridicule (le chef de la police poussant la chansonnette sirupeuse après chaque exécution devant un parterre de policiers statufiés), il y a quelques scènes qui resteront, comme ce règlement de compte dans un club où le sbire de Chang annonce "Mesdames, gardez les yeux fermés, et vous messieurs, regardez bien" avant un déchainement de violence froide filmé à travers les tressautements des filles paupières baissées.

 

Ryan Gosling réussit à être encore plus ectoplasmique que dans "Drive", et du coup il laisse une autoroute à Kristin Scott-Thomas, définie par le réalisateur comme un croisement entre Lady McBeth et Donatella Versace, tellement à contre-emploi que j'ai mis une heure à l'identifier, épatante en mère castratrice qui compare la taille des organes de ses fils dans une scène de repas hallucinante.

 

Mais ce qui finalement me pousse vers une notation très négative, c'est une forme d'échec du projet même du film : annoncé comme une réflexion sur la foi et la place de l'homme face à Dieu, "Only God Forgives" se résume sur l'écran à une suite de scènes plastiquement époustouflantes mais tellement distanciées par une distorsion du rythme, de la musique et du jeu des deux protagonistes principaux et que ne reste à la fin qu'une gêne pesante devant une telle complaisance à filmer la violence, à moins que ce ne soit juste la volonté d'épater le festivalier.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2013 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 19 mai 2013 7 19 /05 /Mai /2013 22:22
Film français de Patrick Rotman

Interprètes : François Hollande 

Durée :
1 h 40

Pouvoir.jpg

Note :
  4/10 

En deux mots :
Rotman filme l'Élysée de François Hollande comme Philibert filme le Louvre : très beau, mais à côté de son sujet. 

Le réalisateur :
Né en 1949, Patrick Rotman passe un doctorat d'histoire. Avec Hervé Hamon, il mène une carrière d'écrivain enquêteur : "Les Porteurs de valises", "Tant qu'il y aura des profs", "Génération". Il réalise dès 1988 des documentaires : "Génération", "La Guerre sans nom", "François Mitterrand ou le roman du pouvoir", "L'Ennemi intime". Il a aussi signé le scénario de "La Conquête".


Le sujet : Entre l'investiture de François Hollande et janvier 2013, Patrick Rotman a planté ses caméras dans le Palais de l'Élysée, suivant le nouveau président dans ses réunions avec ses conseillers, au conseil des ministres, dans ses déplacements officiels.


La critique : Soyons rassurés, le Président est un homme courtois. En effet, tout au long des 100 minutes du documentaire de Patrick Rotman, nous le voyons claquer des bises et serrer des louches, y compris aux gardes républicains qu'il croise dans les couloirs de l'Élysée ; de même, Patrick Rotman décline tous les angles de caméra possibles pour filmer le balai des berlines sur le gravier de la cour du palais présidentiel. Dans son discours d'accueil destiné à ses conseillers, François Hollande qui a lui-même exercé cette fonction du temps de François Mitterrand, les mettait en garde sur la pesanteur du protocole et sur le confort écrasant du Palais qui pouvaient rapidement les couper du monde réel. Patrick Rotman aurait été bien inspiré d'écouter ce conseil, car à force d'accumuler les plans de coupe sur les maîtres d'hôtel dressant les tables des dîners de gala ou sur la garde d'honneur se mettant en place, il finit par filmer un vide, un à-côté qui renforce encore la vacuité de son entreprise.

 

Car la question qui s'impose devant un tel projet est : qu'est-ce qu'un documentaire, qui plus est présenté en salle, peut apporter qu'on ne sache déjà ? Alors oui, il a obtenu l'autorisation de se glisser dans des réunions de cabinet, des conseils des ministres, des petits déjeuners avec Ayrault, Fabius ou Moscovici. Mais on avait déjà vu cela, notamment du temps de Mitterrand et dans une moindre mesure de Chirac, et comme pour ces films-là, la caméra s'éclipse dès qu'on rentre dans le vif du sujet, et on doit se contenter finalement d'un contrechamp filmé depuis l'intérieur de l'Élysée plusieurs mois après les images présentés aux J.T, mais sans en apprendre tellement plus.

 

On constate simplement que Jospin le vouvoie alors que certains conseillers le tutoient, qu'il trouve que les discours que lui préparent ses conseillers sont mal écrits et trop longs, et que prévoir de le faire intervenir à la journée d'hommage aux victimes du terrorisme sans en entendre les témoignages est pour le moins peu habile : constat à double tranchant, car s'il confirme que le président garde bien la main loin de l'image du capitaine de pédalo, il renforce aussi l'impression d'amateurisme de son entourage élyséen et souligne combien cet homme prend ses décisions seul. Et puis le temps même court écoulé depuis la réalisation du film peut être cruel, la preuve en est devant l'éclat de rire de la salle quand Hollande souligne avec admiration à propos des questions d'actualité : "Il s'en est bien sorti, Cahuzac !"

 

Patrick Rotman ne prétend pas avoir de point de vue, ni politique, ni, plus grave, cinématographique. Du point de vue politique, il confie le commentaire à Hollande lui-même, dont l'interview en voix off sert de guide au montage, le président dissertant sur la durée du quinquennat qui distingue le temps de l'Élysée de celui de Matignon, sur la différence entre l'amitié et la familiarité, sur le pays qui n'est pas encore conquis, "et qui ne le sera sans doute jamais". Quant à la dimension cinématographique, Rotman se contente d'une illustration plate : lorsque François Hollande explique qu'à l'Élysée, le temps donne l'impression d'être à l'arrêt, Rotman filme des pendules ! La photographie léchée de Romain Winding, qui avait signé celle des " Adieux à la Reine", et la musique raffinée de Michel Portal ne font qu'accentuer cette impression de revue sur papier glacé qui ne s'intéresse qu'à l'enveloppe des choses, nous laissant finalement encore plus dans l'interrogation sur l'homme qui gouverne notre pays.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2013 - Communauté : Cinéma
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