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Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 07:50

Film américain de Walter Salles

 

Titre original : On the Road

 

Interprètes : Sam Riley (Sal), Garrett Hedlund (Dean), Kristen Stewart (Marylou), Kirsten Dunst (Camille)


Durée : 1 h 34

 

Route.jpg


Note : 4/10

 

En deux mots : Dieu, que la route est longue....


Le réalisateur : Né en 1956 à Rio de Janeiro, Walter Salles grandit en France et aux Etats-Unis avant de retourner au Brésil, où il réalise des documentaires pour la télévision, notamment sur la culture japonaise et sur Chico Buarque. En 1991, il réalise son premier film de fiction "A Grande Arte", suivi en 1995 de "Socorro Nobre". "Central do Brasil" lui vaut en 1998 la renommée internationale, avec l'Ours d'or à Berlin. Il tourne ensuite deux films franco-brésiliens : "Premier Jour" (1998) et "Avril brisé" (2001). "Carnets de voyage" en 2004 raconte la traversée de l'Amérique du Sud par le jeune Che Guevara. Il tourne son premier film hollywoodien en 2005, "Dark Water : eaux troubles", le remake d'un film d'horreur japonais, avant de retourner au Brésil en 2008 pour "Une famille brésilienne".

 

Le sujet : En 1949 à New York, après la mort de son père, le jeune écrivain d'origine québecoise Sal Paradise rencontre Dean Moriarty, un ex-taulard marié à la très jeune Marylou. Sal est immédiatement fasciné par la liberté de Dean, qui l'invite à le rejoindre à Denver. Quelques mois plus tard, Sal prend la route pour Denver, où il retrouve Dean qui partage sa vie entre Marylou et Camille. Ensemble, ils partent sur la route...


La critique : Quand on se retrouve confronté à une adaptation, surtout celle d'un tel livre-culte, il convient de construire sa critique autour de la comparaison entre le roman et le film, et de doser fidélité, trahison ou hommage dans l'analyse de ce dernier. Comme tout le monde à ma génération, j'ai lu le bouquin de Kerouac à 18 ans, donc il y a bientôt quatre décennies, et je n'avais absolument pas ressenti la fascination qu'il était de bon ton d'afficher à l'époque, aussi déçu que lorsque le non-fumeur que je suis avait essayé un petit joint à l'issue d'un Comité Chili. N'étant pas masochiste, comme le proclame ma profession de foi, je ne me suis pas obligé à relire ce qui m'avait paru être un pensum, ma préférence dans le récit de voyage allant définitivement à la modestie de Nicolas Bouvier.

 

Je vais donc critiquer le film de Walter Salles, pour ce qu'il est, à savoir un film, en faisant abstraction de son rapport au livre de Kerouac. Après tout, ce sera la condition de nombreux spectateurs. On connaît le goût de Walter Salles pour le voyage comme élément central de ses films : dès 1996, "Terre Lointaine" racontait le voyage d'un émigré brésilien qui revenait au pays, "Central do Brasil" partait sur les route du Nordeste à la recherche du père de Joshué, "Avril brisé" précipitait le héros sur les routes d'un petit cirque itinérant et bien sûr, "Carnets de voyage" montrait comment le périple du jeune Ernesto Guevara de la Serna à travers toute l'Amérique Latine au début des années 50 a pu façonner la personnalité de celui qui allait devenir Che Guevara. Il est d'ailleurs symptomatique que le livre qui a inspiré ce dernier film, le récit d'Alberto Granado qui accompagnait le Che s'appelle... "Sur la route avec Che Guevara".

 

Walter Salles est donc incontestablement dans son élément, et c'est peut-être ce qui explique qu'il ait pu mener à bien un projet sur lequel quelques grands noms se cassèrent les dents : Kerouac lui-même dans les années 50, Coppola, Van Sant... et même Godard ! Le dossier de presse insiste pour nous dire que Salles porte ce projet depuis sept ans. Mais c'est aussi sans doute cette longue gestation qui explique l'échec de ce même projet : il manque dans ce "Sur la route" l'urgence, le déséquilibre et la fragilité qui était au coeur même du récit de Kerouac, à la fois dans ce qu'il racontait, mais surtout dans sa façon de le faire, sa "prose spontanée" marquée par un style rythmé et immédiat.

 

Dans l'adaptation de Walter Salles, rien de bien spontané, bien au contraire. La photographie d'Eric Gautier est superbe, les cadrages des grands espaces léchés, et la musique retranscrit bien les goûts de Kerouac pour le jazz et le be-bop ; bref, toutes les qualités qu'on peut trouver dans un honnête biopic, la linéarité de la trajectoire en moins. Mais justement, les biopics se caractérisant souvent par leur visée édifiante (ascension, déchéance, rédemption), à défaut de grandes surprises, on a au moins la description d'un parcours qui peut justifier la durée de ce genre d'exercice. Ici, les héros circulent à travers l'Amérique telles des boules de flipper, avec la répétition du cycles voyage-séparation-retrouvaille qui oublie complètement la dimension du voyage intérieur.

 

En faisant mes recherches sur Kerouac pour écrire cet article, je suis tombé sur les quelques photos, notamment celle de Neal Cassady enlaçant Kerouac. Walter Salles a dû faire de même, et du coup, tous les trois plans, Garrett Hedlund agrippe Sam Riley avec un manque de naturel qui m'a frappé à la vision du film. C'est bien ce souci de faire "vrai" qui plombe le film : en procédant ainsi, Walter Salles ne restitue pas la vitalité de l'écriture, et de plus, il fige ses personnages comme des icônes, et rend du coup incompréhensible en quoi leur comportement pouvait être novateur et scandaleux à l'époque. Depuis 1950, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts : les mouvements hippies, punk, grunge, la révolution sexuelle, l'explosion de la famille bourgeoise...

 

Avec son t-shirt à la James Dean, Moriarty-Cassady prend un terrible coup de vieux. Quand il veut montrer la modernité d'une pièce ancienne, voire antique, un metteur en scène de théâtre fait appel à de nombreux artifices pour rendre ce texte comtemporain : changement de période, décalage dans les costumes, les décors, inflexion du jeu de tel ou tel personnage... Dans ce "Sur la route", rien de tout cela, juste une reconstitution compassée qui nous tient à distance et qui installe très vite un désintérêt, puis un ennui devant le manque d'enjeu de ce qui nous est montré.

 

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2012 - Communauté : Cinéma
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 20:25

Film américain de Wes Anderson

 

Interprètes : Bruce Willis (Capitaine Sharp), Edward Norton (Chef Ward), Jared Gilman (Sam), Kara Hayward (Suzy)


Durée : 1 h 34

 

Moonrise.jpg


Note : 8,5/10

 

En deux mots : Un petit bijou de poésie et de drôlerie, incontestablement le meilleur Wes Anderson.


La réalisatrice : Né en 1969 à Houston, Wes Anderson a étudié la philosophie, avant de réaliser son premier court métrage en 1996, "Bottle Rocket", qu'il tourne ensuite en long métrage avec les frères Wilson. Il retrouve Owen et Luke  Wilson en 1998 pour "Rushmore", suivi en 2002 de "La Famille Tenenbaum", en 2004 de "La Vie aquatique", en 2008 de "A bord du Darjeeling Limited" et en 2010 de "Fantastic Mr Fox".

 

Le sujet : A la fin de l'été 1965, sur l'île de New Penzance en Nouvelle-Angleterre, le Chef Ward découvre qu'un de ses scouts a fugué : Sam, un orphelin. Les scouts et le capitaine de police Sharp partent à la recherche du fugitif, avant de découvrir que Suzy, la fille des deux avocats Bishop, a elle aussi fugué pour retrouver Sam avec lequel elle entretient depuis l'an passé une correspondance. Mais une tempête sans précédent se rapproche de l'île...

 

La critique : Avec son septième film, Wes Anderson a fait l'ouverture du festival de Cannes, première reconnaissance méritée du talent d'un des réalisateurs indépendants les plus intéressants du cinéma américain, en attendant d'autres consécrations... Situant son histoire dans les années 60 censés représenter une forme d'insouciance, il met une nouvelle fois en scène des adultes au comportement infantile, cette fois confrontés à la détermination d'enfants à la résolution bien plus adulte, que ce soit Sam et Suzy, qui ne se départissent jamais d'une gravité teintée d'espoir et de réalisme, ou les scouts qui après avoir pris Sam pour souffre-douleur, se rendent compte que ces mêmes valeurs du scoutisme exigent qu'ils se solidarisent de leur camarade, alors que les représentants de l'autorité adulte déclinent toutes les formes de l'impuissance : mélancolie pour le capitaine Ward, hystérie autoritaire pour l'assistante sociale ou agitation compulsive pour le commandant Pierce.

 

Le film commence par un de ces plans-séquences virtuoses dont Wes Anderson a le secret : un long traveling latéral et vertical pour aller de pièce en pièce dans la maison de poupées grandeur nature où habite Suzy, énigmatique pré-adolescente aux jumelles pendues à son cou, le tout rythmé par l'écoute d'un disque pédagogique sur les "Variations sur un thème de Purcell" de Benjamin Britten. Dans le prolongement du plan en coupe du Belafonte dans "La Vie aquatique" ou du traveling sur le compartiment imaginaire dans "A bord du Darjeeling limited", cette ouverture annonce à la fois la place prépondérante accordée à la composition de l'image et le rôle joué par une B.O. encore une fois éclectique où prédomine Britten.

 

La plupart des plans du film sont marqués par la symétrie, écho du couple au centre du récit : celui de Suzy scrutant l'horizon avec ses jumelles, celui de la rencontre de Sam et de Suzy ou celui de leur plongeon dans la crique, ou encore la scène de la discussion nocturne des parents Bishop. On y retrouve des objets récurrents, comme le phare rouge et blanc, le tourne-disque bleu et blanc, ou toute l'architecture d'un camp scout. Ces compositions élaborées évoquent les tableaux de Grant Wood (American Gothic) ou de Norman Rockwell, qui a beaucoup peint les scouts. La photographie de Robert Yeoman dans des tonalités contrastées, voire criardes, renforce cette impression visuelle de quelque chose de suranné et nostalgique.

 

Comme souvent chez Wes Anderson, la musique s'intègre à l'histoire, avec ici une place essentielle accordée aux oeuvres de Benjamin Britten, particulièrement son Noye's Fludde dont la représentation trouve place deux fois dans le récit, ou Le Temps de l'Amour de Françoise Hardy que Suzy fait écouter à Sam sur la crique où ils ont trouvé refuge ; on y trouve aussi les chansons de Hank William, le Carnaval des Animaux de Saint-Saëns, et la musique originale d'Alexandre Desplats (je vous invite d'ailleurs à regarder -et écouter- le générique jusqu'à la fin !).

 

Le film repose sur le jeu des jeunes acteurs, et particulièrement sur celui de Jared Gilman et de Kara Hayward qui jouent Sam et Suzy avec la gravité requise. Autour d'eux, on retrouve une pléiade de grands acteurs, membres confirmés ou novices de la famille Anderson : Bruce Willis, excellent dans ce rôle à contre emploi de policier "triste et nigaud", selon Suzy, Edward Norton en chef de troupe dépassé et sensible, Bill Murray en père atrabilaire qui va abattre un arbre pour se calmer, Frances McDormand dans le rôle de son épouse qui utilise un mégaphone pour appeler ses enfants, Jason Schwarzman en aumonier racketteur ou Harvey Keitel méconnaissable en double amnésique de Baden Powell. 

 

Les films de Wes Anderson ont parfois du mal à tenir la distance, une fois dépassé l'effet de surprise. Ce n'est pas le cas ici, notamment grâce à une narration élaborée qui fait appel à de nombreux procédés : l'ellipse, la répétition, l'intégration subtile des flashbacks dans le récit (une année de correspondance entre Sam et Suzy résumée en une minute permet de reconstituer toute la précision du complot et la nature du lien qui les unit), cartes interractives, split screen, et la présence d'un narrateur, sorte de lutin filmé en bas du cadre qui annonce la venue dans trois jours d"'une tempête restée fameuse dans les annales", et qui se tape l'incruste dans l'intrigue en balançant à leurs poursuivants le lieu où se cachent Sam et Suzy.

 

Dans ce registre d'irréalisme poétique qui rappelle parfois Kaurismäki, "Moonrise Kingdom" constitue incontestablement le film le plus abouti de Wes Anderson, à la fois dans sa forme et dans son contenu. Concurrent déjà sérieux pour le palmarés, après un bon Audiard et en attendant les Haneke, Cronenberg, Resnais et Loach, ce beau film nostalgique et optimiste semble confirmer la qualité du cru cannois de cette année, et fleurir un printemps cinématographique bien en avance sur celui de la météorologie.

 

Cluny 


Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2012 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 20 mai 2012 7 20 /05 /Mai /2012 16:30

Film français de Jacques Audiard

 

Interprètes : Marion Cotillard (Stéphanie), Matthias Schoenaerts (Ali), Corinne Masiero (Anna)


Durée : 1 h 55

 

Rouille.jpg


Note : 7/10

 

En deux mots : Une nouvelle leçon de cinéma de Maître Audiard, mais sur un scénario moins convaincant que ses films précédents.


La réalisatrice :  Né en 1952 à Paris, Jacques Audiard est le fils du réalisateur et dialoguiste Michel Audiard. Après des études de lettres, il commence dans le cinéma comme monteur, puis écrit notamment les scénarios de "Mortelle Randonnée" et "Baxter". En 1994, il réalise son premier film, "Regarde les Hommes tomber" qui remporte le César du premier film et le Prix Louis Delluc ; il tourne ensuite "Un Héros très discret" (Prix du meilleur scénario à Cannes) en 1996, "Sur mes lèvres" (César du meilleur scénario en 2001), "De battre mon coeur s'est arrêté" (8 Césars en 2005, dont celui du meilleur film) et " Un Prophète" (Grand Prix du Jury à Cannes, 9 Césars en 2009, dont celui du meilleur film).

 

Le sujet : Ali arrive à Nice avec son fils de 5 ans, et se fait héberger par sa soeur Anna. Il trouve un boulot de videur et accepte de participer à des matchs de boxe clandestins. Un soir à la sortie de sa boîte, il rencontre Stéphanie, dresseuse d'orques au Marineland. Il la raccompagne chez elle et lui laisse son numéro de téléphone. Stéphanie est victime d'un accident où elle perd ses deux jambes. Un jour, elle prend son téléphone et appelle Ali...

 

La critique : La première fois que la caméra de Jacques Audiard découvre le personnage de Stéphanie joué par Marion Cotillard, on voit d'abord ses jambes, le reste du corps étant caché par une poubelle derrière laquelle elle s'est effondrée après une bagarre sur le parking de la boîte de nuit où Ali officie comme videur. D'emblée, dans ce film d'un pur réalisateur pour qui le langage de l'image passe avant les dialogues "à la française", ce qu'il nous montre des corps est au coeur du récit. Ici, introduire Stéphanie par ce qu'elle va perdre a un sens, de même que le film s'ouvre sur les pieds de Sam, le fils d'Ali, qui trotte sur le macadam à la suite d'un père qui le trimballe comme un objet.

 

Les corps sont au premier plan, parce que c'est la transformation brutale de celui de Stéphanie qui ouvre la voie à un autre changement, à la sortie de cette rage qui habitait déjà la jeune femme, et parce que c'est la puissance de celui d'Ali qui lui vaut sa place dans cette société brutale, que ce soit sur le versant officiel, son boulot d'agent de sécurité, ou sur le versant clandestin, celui de boxeur de full-contact pour paris clandestins. Il faut dire que cette puissance physique contre-balance l'inaptitude affective et sociale d'Ali, qui manifeste la même animalité instinctive dans ses combats que dans ses relations.

 

Le film raconte donc le parcours croisé des deux personnages principaux vers la découverte de son humanité pour lui, vers sa reconquête pour elle, dont les blessures semblent bien antérieures à son accident. Ce parallèlisme est symbolisé par la place de l'eau dans ces basculements, celle chaude du Marineland pour elle, celle glacée d'Alsace pour lui. Tous deux partagent cette trajectoire brutale avec d'autres personnages des films d'Audiard : Paul dans "Sur mes lèvres" et Tom dans "De battre mon coeur s'est arrêté" pour leur dureté, voire Albert Dehousse dans "Un Héros très discret" pour la forme de rédemption que prennent leurs parcours.

 

Comme dans la prison de "Un Prophète", ou le milieu des marchands immobiliers véreux de "De battre mon coeur s'est arrêté", le monde qui sert de toile de fond à cette histoire est marqué par la violence et l'injustice sociale, et peuplé de personnages qui vivent de l'exploitation des autres comme celui de Martial, joué par Bouli Lanners, qui installe des caméras pour espionner les employés afin de piéger les délégués du personnel, et qui sur son temps libre organise des combats clandestins où de pauvres gars jouent le rôle de coqs ou de pitt-bulls.

 

Pour filmer ses deux personnages qui vivent chacun dans sa bulle, Audiard joue de toute la gamme des outils du cinéma : une photographie souvent surexposée et au grain apparent, les ralentis, l'alternance de caméras fixes et de steadycams nerveuses, le jeu sur la profondeur de champ symbolisé par le plan où Ali fait un jogging avec son casque sur les oreilles, indifférents aux ambulances qui foncent vers le Marineland. Dans ce plan comme dans d'autres, on retrouve le travail sur le son qu'il avait déjà fait dans "Sur mes lèvres", décalant le son et l'image et créant ainsi un sentiment de perception voilée.

 

"De Rouille et d'os" manifeste une nouvelle fois la maîtrise narrative de Jaques Audiard, avec cette capacité à réduire un événement à un plan, comme celui des caméras de Martial débusquées et jetées par terre. Dans n'importe quel autre film, on aurait eu une première scène pour nous montrer Stéphanie en reine des bassins, puis plus tard, une autre pour raconter son accident. Ici, pas besoin, ces deux moments sont réduits à un seul, avec un jeu subtil de dédoublement de l'image à la De Palma avec l'écran géant qui permet de voir la concentration de Stéphanie, alors que le plan d'ensemble permet de mesurer la fragilité de la jeune fille, avant qu'un plan subjectif sous-marin fasse naître le sentiment du danger à venir.

 

Les lecteurs de ces critiques le savent : je n'ai pas attendu " La Môme" pour souligner le talent de Marion Cotillard ; ici une nouvelle fois, elle donne corps à ce personnage à la fois fermé et rayonnant, et réussit à faire passer avec émotion des tirades casse-gueule comme celle de la délicatesse. Matthias Schoenaerts, encensé par la critique (je n'ai pas vu "Bullhead") m'a moins convaincu, tant son rôle de primate inconscient nécessite moins de finesse dans le jeu. C'est d'ailleurs dans l'aspect si monolithique de ce personnage d'Ali qu'il faut trouver les raisons de mon 7/10, apparemment en-deça de tout le bien que je peux dire par ailleurs du film ; je ne sais d'ailleurs pas si c'est la dimension si peu sympathique de sa personnalité (avec sa soeur, avec son fils), ou la fascination d'Audiard pour ce genre de personnage qui me gêne le plus, et qui fait que quatre jours après avoir vu le film (à la sortie, j'hésitais entre 8 et 8,5), le malaise prend le pas sur l'émotion.

 

Cluny


Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2012 - Communauté : Cinéma
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 20:48

Film américain de Tim Burton

Interprètes : Johnny Depp (Barnabas Collins), Michele Pfeiffer (Elizabeth Collins), Helena Bonham-Carter (Dr Hoffman), Eva Green (Angélique Bouchard)

Dark-Shadows.jpg

Durée : 1 h 52

Note : 7/10

En deux mots : Tim Burton fait du Tim Burton, et c'est toujours plaisant, même si ça reste sans surprise.

Le réalisateur : Né en 1958 à Burbanks, Tim Burton a suivi les cours du California Institute of the Arts avant d'être engagé chez Disney, où il participe à l'animation de "Rox et Rouky". Il réalise deux courts métrages "Vincent" et "Frankenweenie", avant de tourner son premier long en 1985 "Pee Wee Big Aventure". En 1988, il rencontre le succès avec "Beetlejuice", joué par Michael Keaton qu'il retrouve en 1988 dans "Batman" et en 1991 dans "Batman, le Défi".
En 1990, il met en scène pour la première fois Johnny Depp dans "Edward aux Mains d'Argent", collaboration qui sera suivie de "Ed Wood" (1994), "Sleepy Hollow" (1999), "Charlie et la Chocolaterie" (2005) et "Les Noces funèbres" (2005), "Sweeney Todd, le diabolique barbier de Fleet Street" (2008) et "Alice au pays des merveilles" (2010). Il réalise aussi "Mars Attack" (1997), "La Planète des Singes" (2001) et "Big Fish" (2004).

Le sujet : Venu d'Angleterre à la fin du XVIII° siècloe, Joshua Collins fait fortune dans la pêche et fonde la ville de Collinsport dans le Maine. Son fils Barnabas repousse les avances d'Angélique, une sorcière qui se venge en tuant ses parents et en poussant sa fiancée Josette au suicide. Désespéré, Barnabas se jette à son tour dans le vide mais se retrouve transformé en vampire. Poussés par Angélique, les villageois s'emparent de lui et l'enterrent dans un cercueil de métal fermé de chaînes.


En 1972, les derniers membres de la famille Collins végètent dans leur château qui domine la ville, où règne Angélique, elle aussi devenue immortelle. Mais quand des ouvriers libèrent Barnabas, celui rejoint ses descendants pour fomenter sa revanche et rendre sa place à sa famille.


La critique : Les vampires ont toujours été à la mode, mais depuis" Buffy" et "Twilight", ils ont pris un indiscutable coup de jeune. Pourtant, on ne peut accuser Tim Burton d'opportunisme, tant son projet d'adapter
la série "Darks Shadows" qui connut 1225 épisodes entre 1966 et 1971 semble remonter loin. Personne en France n'en a de souvenir vu qu'elle n'a jamais été diffusée dans notre pays. C'est peut-être un problème pour aborder ce film, étant donné qu'elle a marqué la génération de Tim Burton ou de Michel Pfeiffer, qui 20 ans après "Batman : le défi", a empoigné son téléphone pour faire acte de candidature quand elle a appris que Burton était sur le projet d'adapter cette saga gothique.

 

Du coup, il est difficile de discerner dans ce "Dark Shadows" ce qui était déjà dans l'original, et ce que le réalisateur a rajouté pour l'adapter à son univers. Quoi qu'il en soit, c'est indiscutablement un Tim Burton, et on retrouve tous les éléments qui font sa patte depuis "Beetlejuice", que ce soit dans le scénario : la malédiction ("Beetlejuice", "Edward", "Sleepy Hollows", "Les Noces funèbres"), la vengeance ("Batman", "Sleepy Hollows", "Sweeney Todd"), l'amour impossible ("Edward", "Les Noces funèbres"), ou dans des éléments du décor ou des costumes : le château qui domine le village ("Edward"), la robe lamée rouge et les choucroutes seventies ("Mars Attack"), jusqu'à l'arbre du Cap des Veuves qui rappelle celui de "Sleepy Hollow", sans oublier la mobilisation des acteurs fidèles : Johnny Depp, Helena Bonham-Carter et Christopher Lee.

 

Il y a trois catégories de scénarios dans la filmographie de Tim Burton : les scénarios originaux, les adaptations libres de romans, et les remake de films ou de séries. Définitivement, les meilleurs se trouvent dans les deux premières : "Edward", "Ed Wood", "Mars Attack" et "Charlie". L'obligation de respecter un minimum le synopsis original semble brider son imagination créatrice et parfois nuire à la fluidité narrative, et comme dans "Batman", "La Planète des Singes" ou "Alice", on sent quand même Tim Burton gêné aux entournures ici où là, notamment par rapport à la multiplicité des personnages inhérente à une série, et certains d'entre eux ne servent pas à grand chose dans le récit.

 

Alors bien sûr, cet exercice de style permet à Burton et à ses acteurs fétiches de rajouter une page à l'album de famille : Johnny Depp, bien sûr, qui pour sa huitième collaboration compose un personnage entre Michael Jackson et le Juge DeMort dans "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" ; Helena Bonham-Carter, chevelure rousse, grosses lunettes et robe à fleurs maronnasses endosse celui de la psychiatre de la famille, alors que Michelle Pfeiffer joue avec beaucoup de subtilité le rôle de la matriarche de la famille. A ces habitués sont venus s'ajouter des petits nouveaux : Eva Green en salope flamboyante et démoniaque, l'australienne Bella Heathcote tient le rôle de la pure ingénue qui était dévolu à sa compatriote Mia Wasikowska dans "Alice", et après "Kick-Ass" et "Hugo Cabret", Chloë Moretz confirme avec son rôle d'ado rebelle et lycanthrope qu'elle fait partie de la génération montante aux côté d'Elle Fanning et d'Hailee Steinfeld.

 

Bien entendu, c'est impeccablement réalisé. Après un prologue sépia qui rappelle dans sa dimension gothique "Sleepy Hollow", le corps du film est filmé en permanence dans une sorte de fausse nuit américaine qui évoque à la fois les années 70 et l'impossibilité du personnage principal à affronter le plein jour. Comme dans tout film sur le décalage dans le temps, de "Hibernatus" à "La Vie d'une autre", le scénario joue à fond du décalage entre le comportement de Barnabas et la modernité déjà un peu ridicule de 1972 (les hippies, Alice Cooper, Love Story). C'est souvent drôle, avec une mention spéciale à la réincarnation moderne de Méphistophélès, et on peut aussi occuper son temps à relever les références : "Délivrance" qui se donne dans le cinéma du village, l'hommage aux "Oiseaux" dans la ressemblance de Collinsport avec Bodega Bay ou les nombreuses citations musicales qui complètent la musique de Danny Elfman.. Tout cela fait un film agréable à regarder, mais où seuls quelques moments signent vraiment une oeuvre originale, et démarquent cette adaptation d'autres du même type, à commencer par celle que Barry Sonnefeld a réalisée pour "La famille Addams".

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques de mai 2012 - Communauté : Cinéma
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 14:12

Film congolais de Djo Tunda Wa Munga

 

Interprètes : Patsha Bay (Riva), Manie Malone (Nora), Hoji Fortuna (César)


Durée : 1 h 38

 

Riva.jpg


Note : 6/10

 

En deux mots : Si ce film se déroulait à New York ou à Paris, il n'aurait pas grand intérêt. Mais il se passe à Kinshasa...


Le réalisateur :  Né à Kinshasa en 1972, Dio Tunda Wa Munga suit des études d'arts plastiques avant de suivre les cours de réalisation à l'INAS de Bruxelles. En 1998, son film de fin d'étude, "Angry" n'est pas validé parce que la vision est estimée "pas suffisament africaine". Il réalise des documentaires, avant de fonder sa société de production à Kinshasa.

 

Le sujet : Après des années passées en Angola, Riva revient à Kinshasa avec toute une cargaison d'essence, alors que la pénurie de carburant sévit dans la capitale congolaise. Avec son copain J.M., il va fêter son retour et tombe sur une fille superbe, Nora qui s'avère être la compagne d'Azor, un petit caïd. Mais César et ses sbires, des Angolais à qui Riva a dérobé l'essence, sont sur sa piste et se montrent prêts à tout pour le retrouver.

 

La critique : Ces critiques se veulent ouvertes au cinéma du monde entier, et au-delà des cinématographies asiatiques ou sud-américaines, elles se sont intéressées à des films islandais, bosniaques ou mongols. Par contre, et du fait de la rareté de la programmation de films d'Afrique noire, elles n'ont à leur actif qu'un film tchadien, et un film sud-africain. Voilà donc une bonne raison de s'intéresser à ce "Viva Riva", film tourné au Congo par un réalisateur congolais, même si une bonne part de la production vient de France et de Belgique ; il s'agit d'ailleurs du premier film tournée en République Démocratique du Congo depuis 1987 et "La Vie est belle", de Mweze Ngangura.

 

Comme Gavin Hood, le réalisateur de "Mon nom est Tsosti", Dio Tunda Wa Munga a choisi le genre du polar. Choix pertinent, car de tout temps le film noir a permis de raconter de nombreuses choses sur la société qui lui sert de toile de fond : il suffit de comparer les "Scarface" d'Howard Hawks et de Brian De Palma pour s'en convaincre. Je vais donc analyser ce "Viva Riva" sous deux angles, celui du polar et celui de la toile de fond.

 

Ce n'est pas un hasard si je cite le "Scarface" de De Palma, car Dio Tunda Wa Munga affirme avoir été très influencé par ce film, et cela se voit. On retrouve dans le scénario un paquet d'éléments constitutifs du polar : la femme fatale, le caïd de quartier qui tabasse sa femme et envoie ses gorilles contre ceux qui le narguent, le chef de bande impitoyable, des flics corrompus, de la violence, de la violence, et encore de la violence. Les méchants ont la vie dure (et des gilets pare-balles), et le héros encaisse coups de pieds, de poings et de feu ; bref, rien de bien original, si ce n'est que les méchants sont Angolais, que ce qu'on traffique, c'est de l'essence, et que le plus gros acheteur potentiel de cette essence est un prêtre qui part demander l'accord de l'évêque pour la transaction...

 

Car ce qui fait le réel intérêt du film, outre une vraie maîtrise de la mise en scène et une belle photographie, c'est tout ce qu'il nous apprend sur la société congolaise où tout tourne autour de l'argent ; un des personnages angolais dit d'ailleurs : "Dans votre pays, vous croyez que l'argent, c'est tout ; mais au bout, il tue toujours." On découvre le personnage de la commandante, militaire homosexuelle, celui de la femme d'un petit malfrat rangé des voitures qui lâche "c'est toujours à l'heure du repas que les gens se pointent", ou encore celui d'Anto, petit orphelin revendeur de portables. L'ambiance de Kinshasa est parfaitement rendue, avec ses trains bondés, ses coupures de courant, ses files d'attente à la pompe à essence, et la place de la nuit, ce qui donne le dialogue suivant : "Il aime la fête et les femmes." "- Comme tout le monde..."

 

Le personnage central, celui de Riva, promène sa nonchalance rieuse et finalement suicidaire dans le dédale de la nuit kinoise, symbolique d'une Afrique majestueuse et flambeuse. La scène de sa visite à ses parents, avec la remontée des vieux secrets de famille et de la culpabilité de la perte du frère est un nouvel emprunt au cinéma américain, et ne sert pas à grand chose, le mystère autour du passé de Riva étant beaucoup plus intéressant que ces explications psychologisantes. Au-delà de ce trop plein scénaristique, "Viva Riva" réussit à maintenir l'intérêt, grâce à un vrai sens du rythme ponctué par la musique et à la précision de la description d'un société toujours en mouvement.

 

Cluny

Par Cluny - Publié dans : critiques d'avril 2012 - Communauté : Cinéma
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